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La flore de La Réunion

La flore de La Réunion
  • id
  • Syzygium cumini (L.) Skeels
  • Jamblon, Jamblong
  • Myrtaceae
  • Tété négresse
  • Jamelonier
  • Taxon potentiellement envahissant
  • non
  • Synonymes:

    • Eugenia cumini (L.) Druce
    • Eugenia jambolana Lam.
    • Eugenia obovata Poiret
    • Myrtus cumini L.
    • Myrtus obovata (Poiret) Sprengel
    • Syzygium jambolanum (Lam.) DC.
    • Syzygium obovatum (Poiret) DC.

    Description:

    Le jamblon est un arbre atteignant 20 m à tronc gris clair.

    Syzygium cumini 004 medium


    Feuillage: Feuilles caractéristiques simples, opposées, oblongues, aigues, épaisses et coriaces, de 15-20 cm de long.

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    Inflorescences: en cymes lâches, aux boutons floraux verts puis jaunâtres. Les fleurs, petites, blanches, odorantes et mellifères, apparaissent sur des branches sans feuilles. Filets d’étamines blanchâtres, anthères de couleur jaune pâle . Pétales sous forme de capuchon tombant lors de l'épanouissement des fleurs, de sorte que celles-ci ne sont alors plus composées que d'un calice jaunâtre et de nombreuses étamines (fleurs en forme de "pompon).

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    Fruits: Les fruits sont des baies oblongues ou ellipsoïdales,de couleur verte puis pourpre, voire noire violacée à maturité, dont l’aspect rappelle un peu celui d’une olive. Graine unique. Pulpe pourpre, molle, astringente lorsque le fruit n’est pas parfaitement mûr, contenant de l'anthocyanine qui bleuit la bouche.

    Importante fructification de mars à mai.

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    Ecologie et répartition: Planté dans les jardins et le long des routes, l'espèce est naturalisée dans les forêts les plus sèches de l’Ile de La Réunion, en particulier le long des ravines de l'Ouest et sur les alluvions.

    En Polynésie, espèce considérée comme envahissante: l' arrêté n°65 CM du 23 janvier 2006 dresse une liste de 35 plantes envahissantes déclarées "espèces menaçant la biodiversité en Polynésie française" dont Syzygium cumini.

    Ces plantes y font l'objet de mesures d'interdiction d'importation nouvelle, de multiplication et de plantation, d'interdiction de transfert d'une île à l'autre de tout plant entier, fragment de plant, bouture, fruit et graine.

    Leur destruction y est autorisée.

    Origine:

    Le jamblon est originaire d'Indo-Malaisie (Inde, Birmanie, Sri Lanka, Andaman) et a été introduit à La Réunion à la fin du 19ème siècle.

    Utilisation:


    Arbre ombrageant souvent planté en bordure de chemin ou dans les jardins.

    Arbre fruitier : consommés mûrs et frais, les fruits ont une saveur douce et sucrée. Ils peuvent entrer dans la composition de rhums arrangés. En Inde, ils servent à fabriquer du vin et du vinaigre. Au fur et à mesure que la maturité avance l'astringence du fruit disparaît.

    Utilisation médicinale


    Les fruits et les graines sont employés en médecine traditionnelle : la pulpe combat la dysenterie, les graines torréfiées servent à la préparation de tisane contre le diabète. Les huiles essentielles extraites des feuilles ont une activité antibactérienne.

    Autres utilisations


    A Madagascar, Syzygium cumini est utilisé pour teindre le raphia soit en rouge-brun, soit en noir après application de boue ferrugineuse comme mordant. A Mayotte, le bois est utilisé pour la fabrication de pieds de lits et de tables.

    Extraits de La magie des arbres par Jean-François Samlong (1990)


    boutique magie des arbresDans La magie des arbres, Jean-François Samlong nous livre quelques secrets sur les croyances à La Réunion quant aux arbres. Sur la base de témoignages recueillis auprès de nos gramoun, il nous éclaire sur une pratique très vivace liée aux pouvoir des arbres et leur utilisation pour le transfert des maladies, suivant un rituel précis dans lequel interviennent des divinités.

    Son écorce et les graines de ses fruits violets, sucrés et longs, sont utilisées dans la pharma­copée locale pour vaincre le dia­bète (voir chapitre «Tisanes et bains magiques») .

    De premier abord, le jamblon semble être un arbre sans grande ambition, sans apparat extérieur, plutôt timide et obéissant. Un confident, à peine. Il est celui qui se laisse marcher sur «les pieds» sans réagir. Est-ce pusillanimité ou sagesse ancestrale? Je ne sau­rai vous le dire, tant il cultive une certaine ambiguïté toute désarmante . Les enfants grimpent sans danger sur toutes ses bran­ches pour cueillir ses fruits succulents qui semblent venir du Jardin de l'érotisme.

    Il est l'arbre au féminin, au sou­rire caché. Au fond, il ne sourit que par ses fleurs et ses fruits, il est femme par ses fruits : «Ses feuilles toutes retombantes lui donnent un air résigné. Il attend la grande orgie des eaux célestes et la grande offensive des thermo­mètres en délire pour daigner marier une floraison, apparentée à certains eucalyptus, aux roton­dités de pruneaux maigrichons» (Roger Lavergne, Fleurs de Bourbon).

    Si je lisais ces quelques lignes écrites par notre ami poète-bota­niste au jamblon qui se trouve dans la cour du collège La Jamaïque, nul doute qu'il sourirait bien  volontiers en me disant: «Méfie-toi des apparences  !» Le jamblon n'est pas résigné. Il attend, et son attente n'est pas tristesse, mais une sorte de stoïcisme. On lui vole ses fruits, on lui brise ses moindres bran­ches fragiles, il ne dit rien: pas une plainte, pas la moindre colère ou rancune. Il est absent de toute cette agitation qui empoisonne le monde des  hommes. Indifférent peut-être, d'où cette apparente résignation. A-t-il tort? Certainement pas.

    Je regrette de n'avoir pas planté un jamblon dans mon jar­din. Plus tard ! peut-être ... si mes longanis, mes manguiers, mes letchis, mes cocotiers, mes pêchers, mes avocatiers, mes pruniers du Brésil, mes bananiers, mes goyaviers le veulent bien. Ainsi, à défaut de me guérir du diabète, «mon» jamblon me guérira certainement d'une «agitation» bien vaine, souvent.

    Quoiqu'il en soit, cet arbre doit retenir notre attention, car ses vertus curatives multiples ont été mises en évidence dans un article de Josiane Carvi intitulé «L'ayurvedic, une jeune médecine de  . .-5000 ans» (Journal de l'île de La Réunion, 26 mars 1984).
    Il était donc question de l'arbre «jamboul» qui pousse en Inde : «Le verre dont  nous présentons la photo ci-contre a été taillé dans le bois du jamblon mais il ne faut pas y voir l'expression d'un arti­sanat d'art puisqu'en l'occu­rence, cette  timbale-médicament est un objet usuel. Efficace dans les douleurs articulaires,  hypoli­pémiant (baisse des lipides dans le sang), anti-hyper-tenseur ce verre est étonnant. Pour l'utiliser on le remplit chaque matin et chaque soir d'eau. On laisse 12 h, en prenant bien soin de recouvrir ce «calice» en le plaçant dans un endroit frais et obscur. Après onze heures de macération, c'est prêt à l'emploi. On boit chaque matin avant le lever du soleil et le soir après le coucher du soleil. De plus aucun aliment ne  doit être consommé  deux heures avant et deux heures après l'absorption du  liquide,  devenu  pourpre  au contact  du  bois.  Chaque verre dure environ cinq  semaines et une cure se poursuit générale­ment une quinzaine de semaines. Trois  verres sont donc néces­saires pour agir mais il n'y a pas de contre-indications qui interdi­sent une utilisation prolongée ...»

    La journaliste avait recueilli ces informations  auprès de M. Krishna Kalidas qui, en décem­bre 1983, avait soutenu une thèse sur le Mélilot officinal, une plante appartenant à la famille des légu­mineuses, d'origine euro-asia­tique, et possédant de nombreu­ses propriétés thérapeutiques.

    D'autre part, les essais phar­macologiques effectués sur le bois du jamblon par le laboratoire de pharmacognosie de la Faculté Paul Sabatier à Toulouse ont donné des résultats plus que satisfaisants selon M. Krishna Kalidas.