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La flore de La Réunion

La flore de La Réunion
  • id
  • Mangifera indica L
  • Manguier
  • Anacardiaceae
  • Manguier d'Inde
  • non
  • Description

    Originaire de la région indo-birmane (contreforts de l’Hymalaya), le manguier est cultivé en Inde depuis plus de 4000 ans. L’appellation mangue en français provient du portugais ‘manga’, inspiré lui même de ‘man-kay’ ou ‘man-gay’ en Tamoul. Le manguier fut introduit à La Réunion en 1770 depuis Goa (Inde) par M. Deguigne de la Bérangerie.

    Arbre de 30 m de haut, à cime largement étalée (houpier de 10 m de diamètre) et à feuillage dense. Son écorce est lisse, d'un gris-brun foncé à noir.

    Manguiers medium


    Feuillage: persistant. Feuilles alternes, longues (15-35 cm de long sur 6-16 cm de large), entières, lancéolées, d'un vert foncé, vert clair voire rougeâtres quand elles sont en renouvellement. Lorsqu'on les froisse, elles exhalent une odeur de térébenthine.

    Mangifera indica 004 Mangifera indica 005


    Fleurs: très nombreuses sur des inflorescences paniculées terminales de 10 à 40 cm de long. Ces milliers de fleurs sont de couleur blanc rosâtre ou jaune rosâtre. Elles comportent cinq pétales de 5 à 10 mm de long, cinq sépales et cinq étamines. L'ovaire supère contient un seul ovule. Il faut de trois à quatre mois pour que les fruits arrivent à maturité.

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    Fruit: drupe de forme variable selon le cultivar. La peau, assez résistante, est à maturité de couleur jaune plus ou moins tachetée de vert et de rouge (sur la face exposée au soleil). Le noyau, plutôt gros contient une graine unique de grande taille (4 à 7 cm de long sur 3 à 4 cm de large et 1 cm d'épaisseur). Il est recouvert de fibres plus ou moins développées dans la chair selon les variétés. La chair, jaune doré, juteuse, fondante, a un goût plus ou moins fort de térébenthine.

    Mangifera indica 006 Mangifera indica 007

    Ecologie et répartition: Le manguier s'accommode de tous les sols, mais préfère des sols profonds, limoneux et frais. Il croit en zone tropicale, dans les régions comprises entre 0 et 700 m d'altitude. Au-delà, sa fructification tend à se réduire. Les manguier est, à La Réunion une espèce fruitière de premier ordre. Il est présent dans de très nombreuses cours créoles et sa culture connaît, depuis quelques années, un essor considérable. Les variété locales (José et Auguste) sont les plus appréciées des Réunionnais

    Il craint les pluies au moment de la floraison (qui a lieu en hiver et se poursuit plus ou moins en hiver), qui contrarie la fécondation, et ne produit convenablement que dans les régions à pluviométrie ne dépassant pas 2 000 mm par an.

    Les zones basses de l'Ouest de la Réunion sont les plus favorables à son épanouissement. Une saison sèche de deux à trois mois est indispensable pour favoriser l'entrée en dormance de l'arbre et induire ensuite le départ de la floraison.

    Utilisation

    De nombreuses variétés sont originaires de La Réunion: mangues José, Auguste, Emile, Lucie, Léonard, Lise...

    On le cultive pour son fruit, la mangue,riche en vitamines A, C, B1 et B2, qui à maturité a une pulpe molle et juteuse de saveur sucrée très aromatique.

    Dans les Mascareignes, le fruit vert entre dans une préparation épicée, le « rougail mangue », qui accompagne le riz et le carri.

    En Inde, et particulièrement au Bengale, il était traditionnel de fabriquer de la Teinture jaune en nourrissant le bétail d'une petite quantité de feuilles de manguier, toxiques par ailleurs, puis en récoltant l'urine de ces animaux. Cette pratique a été abandonnée.

    Le bois du manguier, dont la teinte se rapproche du noyer, est utilisé en ébénisterie.

    Mangifera indica est réputé antiscorbutique.Ses feuilles sont connues, notamment au Sénégal, comme renfermant des propriétés antiseptiques et étaient utilisées en bains pour soigner la syphilis. En Afrique, le latex était utilisé comme antisyphilitique et l'infusion des feuilles, diurétique, pour soigner fièvre et rhume. Les graines sont vermifuges. L'infusion de l'écorce est utilisée à Trinidad contre l'hypertension artérielle.

    Toxicité:

    La peau du fruit et la sève de l'arbre causent des accidents allergiques cutanés.

    Le manguier peut causer des accidents respiratoires pendant la floraison: les inflorescences dispensent dans l'atmosphère une substance irritante qui affecte non seulement la respiration mais provoque aussi un oedème des paupières, une brûlure de la face et une éruption cutanée.

    La peau et le pétiole reliant le fruit à la tige contiennent des substances qui provoquent des dermatites chez certaines personnes; de ce fait, au canada, le manguier figure au fichier des plantes toxiques.

    Extraits de La magie des arbres par Jean-François Samlong (1990)


    boutique magie des arbresDans La magie des arbres, Jean-François Samlong nous livre quelques secrets sur les croyances à La Réunion quant aux arbres. Sur la base de témoignages recueillis auprès de nos gramoun, il nous éclaire sur une pratique très vivace liée aux pouvoir des arbres et leur utilisation pour le transfert des maladies, suivant un rituel précis dans lequel interviennent des divinités.

    Nostalgie, solitude fière et résignée, parfois arrogante. Son feuillage dense est source d'éner­gie. Il est l'arbre habillé par le soleil. Bon protecteur s'il est robuste et assez éloigné d'autres arbres. D'une grande sensibilité, doux et parfois capricieux. Ses feuilles parfumées favorisent tout premier contact. Le manguier n'aime ni les cris ni les plaintes. Il rira volontiers avec vous pendant quelques minutes puis  retombera dans une nostalgie orgueil­leuse. Il absorbera le plus rapide­ment possible le transfert pour se retrouver seul. Il n'est pas confident et il ne faut pas l'utiliser comme tel. Soyez bref, précis et digne, puis éloignez-vous. Il sera alors un de vos meilleurs protec­teurs. Il sait être fidèle.

    Avec le manguier, le premier contact se fait par le toucher (le parfum des feuilles) alors qu'avec l'avocatier le premier contact se fera par une attitude mentale correspondant à la joie et au bien­ être. Ceci dit, dans toute situa­tion grave, il sait retrouver tout son sérieux pendant tout le temps qu'il faudra. Vous pouvez lui faire confiance .

    Le mariage des arbres suivant leur sexe est pratiqué en Inde : «Par exemple, si un Hindou a planté un bois de manguiers, ni lui, ni sa femme ne peuvent en goûter les fruits avant d'avoir uni l'un des arbres, le marié, à un arbre d'un genre différent, d'ordi­naire un tamarin, qui croît auprès de lui dans le bois . S'il n'y a pas de tamarin pour remplir le rôle de mariée, un jasmin en tiendra lieu ...» (James Georges Frazer, Le Rameau d'or) .

    Le manguier serait-il l'arbre magique et maudit qui appelle la violence, le sang et le crime ? Nous ne tirons aucune conclu­sion à la lecture de cette histoire :

    «Un soir, Marcienne me chasse. Où aller ? Je me souviens d'une maison abandonnée sur la route de Bois-Court. Je vais y passer la nuit. Je ne dors pas. Je me vengerai...
    Ma mère m'avait parlé du man­guier magique : cet arbre du «Chemin Tabur», qu'un cyclo­ne avait penché. On y avait trouvé un pendu. Des jeteuses de sorts y plantaient des aiguilles. La nuit, on évitait ce lieu.
    Le  lendemain soir, avant de regagner mon abri, je m'arrête près du manguier. Comment savoir les rites, les mots, les gestes ? A ce moment, j'aperçois Marcienne Moulure, au bout du chemin. Vient-elle me jeter un sort ? Bientôt, nous sommes l'un près de l'autre. «Fainéant, cagnard, restant de geôle». Mon silence l'exaspère. Elle se préci­pite sur moi. Me frappe ... Nous sommes sous le manguier. Je me protège d 'un bras. De l'autre, j 'essaie de l'atteindre. Elle me gifle, me griffe, m'invective. D'un coup de poing, je la fais tomber. Aide du manguier ? Je me sens plus fort. Je la roue de coups de pieds, de coups de poings. Elle ne crie même plus. Je la traîne derrière le manguier.
    Je regagne la vieille maison.
    Dans la nuit, un cauchemar me réveille : une femme couverte de sang me suppliait de l'emmener chez un sorcier. Lui, la guérirait...
    Je me lève. Je marche vers le «Chemin Tabur» ... Marcienne ne bouge plus. Les mauvais esprits l'ont peut-être tuée. Faire disparaître le corps ? L'aban­donner ? Je crois entendre des pas ...
    Sur mon épaule, Marcienne me paraît lourde. Le rêve. Mon enfant mort. Les sorcières. Ses brimades. La  prison ... Me voilà au bord de la ravine.
    Ils vont croire au suicide ? A l'accident? ...»   (Telmudjin. Dix-huit crimes)

    Pour M. Virin Petimoutou, le manguier est un «bon arbre». Ses feuilles, ayant la vertu de repousser les mauvaises âmes («mauvais zam») sont utilisées dans de nombreuses cérémo­nies, et surtout dans les bains purificateurs, associées aux feuilles du tolsi, en cas de maladie bizarre. Le tolsi est une plante sacrée pour les  Malabars. On fera un bain, en faisant bouillir ses feuilles, afin de guérir une per­sonne qui a été «frappée» par les mauvais esprits, par le mauvais sort.

    Et avant toute cérémonie, que ce soit avec du sang («on coupe des animaux : coq, cabri»), avec un «mangé d' lait» ou avec un «l'eau de riz», comme en période de carême, le malabar orne les fenêtres et les portes de sa maison de feuilles de manguier et de lilas. C'est une protection contre «la malice»; «la jalouserie» (vandienin) des gens qui ont «le cœur sale». M . Virin Petimoutou nous dira encore que nous voyons les dents blanches d 'une personne mais nous ne sa­vons pas quelle est la couleur de son cœur. Selon ses informa­tions, il faut quinze feuilles pour la porte : sept feuilles de manguier enfilées, une feuille de lilas, puis sept autres feuilles de manguier. L'ensemble sera parfumé («bou­cané») par le  prêtre malabar avec de l'encens et du camphre; on envoie de la «cendre bon dieu» (cendre sacrée prise dans le feu qui brûle auprès de la divi­nité) dans la maison, ainsi que de l'essence (parfum).
    A la fenêtre, il faut mettre onze feuilles de manguie, une feuille de lilas étant placée au centre. Au total, douze feuilles : «La feuille de manguier a le pouvoir sacré d'absorber les mantras, formules sacrées, elle aurait aussi un pou­voir microbiocite.  Les Tamouls en ornent les portes et les fenê­tres de leur maison quand ils sont en carême. En Inde, les femmes portent dans les cérémonies des feuilles de manguier pour assurer une longue vie à leurs maris». (Lallement Marie-Georgette) .

    Les feuilles de manguier sont aussi utilisées pour composer le coumbon. En effet, la noix de coco qui est placée au-dessus du vase en cuivre («sambou») est posée sur des feuilles de man­guier qui, avec le talpé (plante originaire de l'Inde), représentent symboliquement la peau de la divinité .

    Une légende ancienne nous permet de comprendre la signifi­cation de la «cérémonie du lait» qui a lieu au cimetière, au lende­main d'un enterrement, en présence de la famille et des parents proches  :

    «Un couple de vieillards fort pieux possédait un oiseau qui leur révéla un jour l'existence d'un manguier sacré qui pous­sait dans une contrée lointai­ne et dont les fruits avaient un pouvoir de jouvence; l'oiseau leur apporta d'ailleurs une mangue mais celle-ci avait été empoisonnée à son insu par un serpent. Les bons vieil­lards, généreux, portèrent la mangue à un prince fort aimé de ses sujets, mais ce dernier, méfiant, fit manger le fruit par un prisonnier qui en mourut. Les vieillards furent arrêtés et sommés de s'expliquer. Le prince, qui connaissait leur vie exemplaire, accepta leur justification, mais exigea la mort de l'oiseau : ce dernier accepta de mourir mais demanda que l'on fît un trou au-dessus de sa tombe et que l'on versât du lait le lendemain de son enterrement : les vieillards accomplirent le dernier souhait de l'oiseau et au moment où ils répandirent le lait, virent l'âme innocente de l'oiseau s'envoler vers les cieux ...»