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De 1946 à nos jours

La départementalisation et la régionalisation

Origines du changement de statut et développement ultérieur

Bénéficiant de la citoyenneté française depuis le 27 avril 1848 les Réunionnais sans distinction d'origine, de race ou de religion se divisaient en deux courants principaux:
—    d'une part les possédants, majoritaires au Conseil Général souhaitaient une autonomie financière qui leur aurait évité le contrôle du Conseil d'État.
—    d'autre part les syndicalistes socialistes qui avaient participé aux grèves et aux manifestations du Front Populaire et qui militaient depuis 1935 pour la transformation de la Colonie en Département.
Le virage à gauche pris par la population au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale amena à la représentation national deux députés communistes qui, en accord avec leurs collègues des Antilles proposèrent et obtinrent, par un vote unanime, le changement du statut.
La départementalisation fut proclamée par la loi du 19 mars 1946 et entra en application le 15 août 1947. Les administrations s'installèrent progressivement et les lois sociales et fiscales furent lentement promulguées.
La visite du Général de Gaulle au mois de juillet 1959 permit à son Premier Ministre Michel Debré d'appréhender de visu l'ampleur des problèmes à résoudre.
La Loi-programme du 30 juillet 1960 concentra les efforts et força les ministres techniques à prendre leurs responsabilités en faveur des D.O.M. et en particulier de la Réunion.
L'étape de rattrapage commençait et l'accent était mis sur les problèmes de santé et d'éducation.
L'assimilation des fonctionnaires leur donna un pouvoir d'achat qui favorisa le commerce d'importation quelquefois au détriment de la production locale.
C'est pourquoi, alors que les progrès réalisés dans l'équipement public sont spectaculaires le Gouvernement après avoir parlé de Départementalisation Économique c'est-à-dire de relance de l'agriculture, de l'industrie et de l'artisanat, met l'accent sur la Régionalisation et la Coopération interrégionale. 

departementalisation

Nouvelles structures administratives

Le premier Préfet, Paul Demange, arriva par avion le 15 avril 1947 et il s'installa dans l'Hôtel du Gouvernement construit par Dumas et La Bourdonnais. Le vieux bâtimentd evint immédiatement Hôtel de la Préfecture.
La loi du 2 août 1949 étend aux départements et territoires d’outre-mer les dispositions de la loi du 10 août 1871 relative aux circonscriptions électorales, aux conditions et au mode d’élection des conseillers généraux : La Réunion est divisée en 36 cantons. Aujourd’hui il y en a 49.
Le 2 mars 1982 est adoptée la loi relative aux droits et libertés des Communes, des Départements et des régions, portant sur la décentralisation : certaines compétences détenues jusque-là par l’Etat sont transférées à la Commune, au Département et à la Région. Ces transferts se sont effectués progressivement.

canton la reunion

Politique de l'énergie

En 1946 les quelques turbines et moteurs existants produisent à peine 1 million de kWh par an. Tout était à faire et une société d'economie mixte l'EER en fut chargée.
Elle réussira en 25 ans à faire face à un doublement de la consommation tous les 4 ans.
Alors que dans les années 1980, la totalité de l'énergie produite à la Réunion était d'origine renouvelable, l'île est devenue peu à peu dépendante des énergies fossiles. En 2008, la production d'électricité locale a été de 2.546 GWh, assurée à 36% par les énergies renouvelables et à 64% par les énergies fossiles importées.

Evolution production electrique de La Réunion

Modernisation de l'agriculture

La relance de la culture de la canne à sucre et la modernisation de l'agriculture fut le premier souci des administrateurs au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Actuellement si les services de l'Agriculture et ceux de la Chambre d'Agriculture peuvent être considérés comme possédant un équipement complet, la production stagne, quand elle ne recule pas, dans tous les secteurs traditionnels. Quant aux cultures expérimentales nouvelles, dont la principale fut le thé, aucune n'a réussi à s'implanter.
En fait il semble que le prix payé aux agriculteurs pour leurs produits soit insuffisant pour leur permettre de vivre et d'investir. Ils survivent donc et font le minimum de dépenses.
Dans l'industrie sucrière et malgré une technologie avancée, la concentration continue et des unités modernisées ont été obligées de fermer leurs portes.
De grands efforts ont été consentis pour aider les propriétaires à épierrer leurs champs. Les transports ruraux ont été améliorés et le désenclavement des derniers villages isolés a été effectué. Les périmètres irrigués sont de plus en plus étendus.
L'enseignement agricole et la formation professionnelle n'ont pas été négligés et la formation continue a été mise en place.
Avec la disparition des charrettes, le bœuf qui tire et la vache qui engendre les veaux n'ont plus été aussi utiles et le troupeau évalué à 80.000 têtes a été réduit des trois quarts augmentant ainsi la dépendance alimentaire de l'île vis-à-vis de l'extérieur.
Un plan de relance a donc été élaboré mais il semble que ni les futurs éleveurs, ni les pâturages n'étaient prêts. Il a donc fallu réviser les critères. Le troupeau porcin arrive par moments à satisfaire aux besoins.
Le lait, riche en protéines, était indispensable à la régénération des jeunes créoles et le mérite des distributions de lait scolaire revient à M. Michel Debré. Depuis une usine de reconstitution et une laiterie se sont groupées et la consommation de produits laitiers est passée dans les habitudes d'une population qui y était réputée allergique.
Le manque de plateau continental aux abords de l'île est un handicap sérieux pour la pêche cotière. En 2008 il était nécessaire d'importer 11 000 tonnes de poissons. Avec l'extension de la limite des eaux territoriales elle a rencontré quelques difficultés avec nos voisins. Enfin la grande pêche industrielle pratiquée par la SAPMER aux îles Saint-Paul et Amsterdam est contingentée. Une attention particulière est maintenue contre la pêche illicite dans les eaux des TAAF.
Le déboisement continu de l'île est arrêté depuis les années 1950 et l'Office National des Forêts a entrepris une lutte en trois directions: la reforestation tant par regénération de plantations primitives (bois de couleurs, tamarins des hauts) que par la plantation de cryptoméria du Japon dont les forêts les plus anciennes commencent à produire du bois de gros œuvre; l'équipement des massifs en pistes, kiosques et gîtes; et enfin la lutte contre l'érosion par aménagement des sols et correction des torrents. 

mecanisation agriculture

Amélioration des infrastructures

En un peu plus de soixante ans un effort considérable a été consenti par la Métropole pour améliorer les infrastructures.
Le réseau routier a été entièrement refait et modernisé. Il y eut d'abord la route du littoral pour relier Saint-Denis au Port qui malgré son coût était nécessaire et qui dans les années à venir verra sa configuration taotalement évoluer. Il y eut beaucoup plus récemment la route des Tamarins, véritablement structurante pour La Réunion du 21ème siècle.
Le port de la Pointe-des-Galets a été entièrement refait et agrandi. L'allongement de la jetée sud l'a rendu plus sûr. Un poste de déchargement d'hydrocarbure établi dans l'avant-port diminue les risques d'incendie et d'explosion. Le port de Saint-Pierre réservé à la pêche et à la plaisance a été quelque peu amélioré. Trois autres ports de pêche et de plaisance ont été créés à Saint-Gilles, à Saint-Leu et à Sainte-Marie. Un nouveau port a été creusé en baie de la Possession.
L'aéroport de Gillot dont la piste a été allongée et reprofilée peut accueillir les plus gros avions (B. 747) et les plus rapides (Concorde) dans un premier temps. Il dispose désormais d'une 2ème piste et des aménagements sont programmés pour l'accueil de l'A380. Initialement considérée comme une piste de secours, Pierrefonds est désormais un aéroport international. L'île dispose de sa propre compagnie aérienne: Air Austral.

aeroport gilot

Développement de l'Education Nationale

En 1948, 39.000 élèves étaient accueillis dans les locaux pour la plupart mal adaptés. Le lycée Leconte de Lisle, agrandi en 1927 et épaulé par le lycée Juliette Dodu pour les jeunes filles, formait une soixantaine de bacheliers par an. L'École de Droit végétait dans des locaux de fortune, la construction de son bâtiment ayant été arrêtée par des difficultés administratives et budgétaires.
Les choses vont évoluer lentement jusqu'en 1960: le nombre d'élèves scolarisés dans les cycles primaires et secondaires augmente mais les locaux restent dans l'ensemble inadaptés. L'Enseignement Secondaire aboutit à la formation d'une centaine de bacheliers par an. L'Enseignement Technique se pratique alors dans deux centres d'apprentissage regroupant environ 400 jeunes gens. L'ancienne École de Droit devenu Institut d'Études Juridiques représente l'Université et compte une quarantaine d'inscrits en 1958.
En 2012-2013 se sont 651 établissements qui accueillent près de 239 000 élèves de la maternelle à l'Université.

Politique de santé publique

Au moment de la départementalisation les autorités administratives se trouvèrent confrontées à une situation sanitaire et sociale que l'on peut qualifier de désastreuse.
Les mesures prises pour lutter contre les maladies et les fléaux sociaux aboutirent dans un premier temps à une augmentation continue du nombre de naissances et à une diminution spectaculaire de la mortalité. Ces deux phénomènes conjugués amenèrent une expansion rapide de la population qui est passée de 225 000 à 490 000 âmes en vingt cinq ans et à 834 000 en un peu plus de soixante ans.
Pour lutter contre cet état de chose l'Administration développa deux séries de mesures: les premières tendant à restreindre le nombre de naissances et les secondes favorisant le placement en Métropole des jeunes arrivant à l'âge du travail et ne pouvant trouver d'emploi localement. Actuellement l'accent est mis sur l'insertion sociale, la formation professionnelle qualifiante, l'épanouissement de l'identité culturelle et le maintien des liens grâce à un système de voyages à tarifs réduits.

Départementalisation économique

A partir de 1974 le langage gouvernemental et administratif a comporté un nouveau vocable: la Départementalisation Économique. Il s'agit en fait d'un effort d'industrialisation qui est entrepris depuis fort longtemps mais qui malgré les mesures d'encouragement prises par le Gouvernement butent sur certains handicaps généraux.
Sur le plan économique la création d'industries locales se heurte d'abord à l'absence de matières premières. Il n'y a pas de mines en exploitation dans l'île; quant aux carrières elles ne peuvent servir qu'aux entreprises de bâtiment et de travaux publics. En second lieu il existe un marché mais un marché exigu si on le compare aux entités économiques mondiales qui englobent des centaines de millions d'individus.
Sur le plan politique la Réunion française est une Région Ultra Périphérique. Il en résulte que d'une part les marchandises européennes peuvent entrer librement et que d'autre part des denrées de première nécessité en provenance de pays tiers (notamment de Madagascar ou du Sud Est asiatique) doivent subir des prélèvements fixés par les autorités communautaires. Enfin les droits de douanes proprements dits sont fixés dans le cadre du G.A.T.T. et désormais de l'OMC et ne peuvent être modifiés par des considérations locales.
Sur le plan réglementaire la départementalisation implique l'idée d'assimilation et d'équivalence des salaires à la Réunion et en Métropole. En fait cette parité n'existe pas encore et nous
sommes en période dite de rattrapage, même si certains minimas sont équivalents. Il n'en reste pas moins que les salaires pratiqués à la Réunion sont beaucoup plus élevés que ceux qui ont cours dans les pays avoisinants.
Pour surmonter ces handicaps et favoriser l'initiative des hommes sans laquelle rien ne peut se faire le Gouvernement a pris un certain nombre de mesures dites incitatives qui ont fait de l'île un «paradis fiscal» pour les nouvelles entreprises.
Actuellement la tendance est à la création d'entreprises destinées uniquement à la satisfaction du marché local.
Enfin et malgré d'importantes déconvenues le tourisme reste le grand espoir. Après avoir misé uniquement sur la construction d'hôtels on s'oriente maintenant vers d'autres modes d'hébergement: camping, gîtes de montagne, gîtes ruraux, Villages de Vacances, plus à la porté des bourses de nos touristes.

Expansion du commerce

Le secteur tertiaire a été le grand bénéficiaire du changement de statut et le commerce en particulier a profité de l'élévation du niveau de vie et de l'augmentation de la consommation. La prise en charge par les ministères techniques des salaires des fonctionnaires, puis l'augmentation substantielle de ces derniers, se conjugua à partir de 1960 avec la multiplication des investissements assurés pendant une dizaine d'années par le seul F.I.D.O.M. pour donner aux Réunionnais des disponibilités financières favorisant la consommation même en cas de crise de la production.  Les transferts sociaux,  qui portent sur des sommes en constante augmentation, ont eu le même effet.
Ce phénomène a entraîné dès 1947 un déséquilibre de la balance commerciale et ce déficit a cru au fur et à mesure que croissait l'aide de la Mère Patrie. En 1980 le déficit était de 85%. Cette situation, qui serait catastrophique si l'île était une entité économique indépendante, n'a pas de répercussion sur la balance des paiements et le Département n'a aucune dette à l'étranger.
Le «bond en avant» du commerce a amené de profondes modifications des structures traditionnelles et on a assisté à la disparition des demi-grossistes, à la fermeture de nombreuses «boutiques», à la création de groupements d'achats et de libre-marchés de gros et enfin à l'installation de nouvelles firmes d'importation.
Devenue Chambre de Commerce et d'Industrie en 1960 la Compagnie Consulaire a une triple mission consultative, représentative et administrative. Dans le cadre de cette dernière elle gère l'aéroport de Gillot, le port de la Pointe des Galets et celui de Saint-Gilles. Elle forme des employés et des cadres et dispose d'un service d'assistance technique au commerce et à l'industrie. Un tribunal mixte de Commerce fonctionne à Saint-Denis depuis 1954, et à Saint-Pierre depuis 2008 avec la participation de juges choisis parmi les commerçants et élus par eux. En tant que tribunaux mixtes, ils sont présidés par des magistrats.

Apparition de nouveaux phénomènes politiques, sociaux et religieux

La vocation de l'île étant essentiellement agricole, pendant deux siècles et demi la primauté des planteurs fut, dans les bonnes comme dans les mauvaises périodes, incontestée: la prospérité des agriculteurs faisait marcher le commerce et les taxes perçues permettaient le paiement des fonctionnaires; leur ruine amenait un marasme général.
A la Réunion à côté de la société de plantation, qui caractérise les «îles à sucre», et qui se traduit par le contrôle des grandes propriétés et des usines par un groupe restreint de blancs originaires de l'île qui emploient des colons, des ouvriers agricoles et des cadres subalternes, s'est développée une société paysanne composée d'exploitants jouissant d'une relative indépendance vis-à-vis des plantations, d'origine ethnique différente, établie en dehors de la ceinture sucrière et pour laquelle on a pu parler de «civilisation des Hauts». On y trouve, à côté des propriétaires, des colons et des ouvriers agricoles regroupés par «quartiers» dans une structure agraire complexe.
La départementalisation a non seulement nécessité la transformation des structures existantes mais encore elle a greffé une société nouvelle, qui a pris de plus en plus d'importance et qui est édifiée autour des dépenses publiques et de la solidarité nationale. Indépendante de l'économie locale elle a déséquilibré les secteurs productifs traditionnels et fait disparaître une partie du commerce local.
Ce heurt entre les sociétés traditionnelles et la nouvelle société a entraîné un changement de mentalité: les activités traditionnelles, celles de complément (agriculture vivrière, élevage familial) et celles de substitution (artisanat, pêche) furent considérées comme «sous-emploi», «sans avenir» et abandonnées au profit du chômage total considéré comme une salle d'attente au seuil d'une société nouvelle.
Ce phénomène sociologique explique d'une part la réussite de la politique de migrations et d'autre part la résistance que rencontrent ceux qui sont chargés de la promotion en milieu rural. Par contre il a créé un besoin d'assistance qui est devenu structurel et qui est attribué au fait que l'on a fait du social avant de faire de l'économique.
Sur le plan politique les faits marquants ont été d'une part l'assainissement des mœurs électorales, d'autre part la revendication par le parti communiste, à partir de 1959, de l'autonomie. Celle-ci ayant été jugée par une majorité de la population comme l'antichambre de l'indépendance, une bi-polarisation est apparue entre «nationaux» et «séparatistes».
Cette bi-polarisation a amené le laminage électoral des partisans d'une troisième force.
Enfin sur le plan religieux tout en gardant sa suprématie l'Église Catholique, actuellement dirigée par un évêque d'origine réunionnaise, est devenue beaucoup moins ostentatoire dans ses cérémonies et dans ses sanctuaires.
Inversement les adeptes des religions malabare et musulmane ont édifié de nouvelles pagodes et reconstruit les anciennes mosquées de Saint-Denis et de Saint-Pierre avec des minarets.
Enfin on peut noter, à côté de bouddhistes discrets et de rares protestants, l'apparition de deux sectes à vocation missionnaire, les Témoins de Jehova et la Mission "Salut et Guérison". 
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