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De 1816 à 1945

Etablissement de la monoculture sucrière

Origines de l'Industrie sucrière

Lorsqu'il devint Gouverneur Général des Iles de France et de Bourbon en 1735 Mahé de La Bourdonnais trouva d'une part une terre inculte mais pourvue de deux ports naturels et d'autre part une île accore mais où la culture du café était en plein essor et où une population encore clairsemée, mais en expansion, permettait l'extension des cultures vivrières.
Dès lors son plan fut vite conçu. Il installa à Maurice la base navale et le commerce maritime et réserva à Bourbon le rôle de grenier des Mascareignes. Ce plan lui survécut et il fallut les cyclones de 1806-1807 et la perte de l'Ile de France et de Saint-Domingue pour que l'économie de Bourbon puisse être repensée sur des bases nouvelles.
Le créateur de l'industrie sucrière est Charles Desbassyns qui sous l'occupation anglaise commença à monter la première usine au Chaudron.
L'installation de la monoculture sucrière amena une révolution dans les différents domaines de la vie économique. Socialement elle eut avec l'émancipation des esclaves une importance considérable sur le peuplement.

Charles desbassayns medium

Organisation administrative

Reprise solennellement le 6 juin 1815 par le Général Bouvet de Lozier, Bourbon connut immédiatement le rétablissement de l'Ancien Régime et la remise en vigueur de l'ordonnance du 25 septembre 1766. Cependant, un comité d'agriculture créé dès 1816 fut représenté à Paris par un député jusqu'en 1825.
Il fallut attendre l'ordonnance organique du 21 août 1825 pour que certaines dispositions de la charte octroyée de 1814 soient étendues à Bourbon.
Cette ordonnance confiait la Colonie à un Gouverneur secondé par trois hauts fonctionnaires: Commissaire Ordonnateur, Directeur de l'Intérieur et Procureur Général, flanqué d'un Contrôleur Colonial et assisté d'un Conseil Privé. Un député était choisi par le Roi parmi trois candidats présentés par le Conseil Général.
La charte de 1830 amena une tentative de libéralisation et de décentralisation: le député fut élu de même que le Conseil Colonial qui entra en conflit avec le Gouverneur.
La seconde république intégra dans la communauté nationale les nouveaux émancipés. Le Conseil Colonial fut supprimé et deux députés furent élus au suffrage universel.
Avec le Second Empire, il fallut attendre le senatus-consulte du 3 mai 1854 pour obtenir un Conseil Général nommé moitié par le Gouverneur et moitié par les Conseils Municipaux. Les députés furent remplacés par des délégués élus par le Conseil Général. Les pouvoirs de ce dernier furent considérablement accrus en 1866.
La Troisième République rétablit le suffrage universel pour les élections législatives et cantonales. En 1875 la Réunion obtint un représentant au Sénat et en 1882 un second député à la Chambre.
L'organisation municipale évolua de façon parallèle. D'abord nommés, les conseillers municipaux furent ensuite élus au suffrage censitaire, puis universel. Depuis 1884, les municipalités bénéficient du régime métropolitain.

HUBERT-DELISLE Henry 

Evènements militaires

En 1815, Bourbon redevient française et le destin des Iles Sœurs évoluera désormais de façon différente.
Bourbon deviendra volontairement la gardienne des intérêts français dans l'Océan Indien. A ce titre, elle devra lutter seule contre les menées anglaises à Madagascar et défendre constamment l'honneur du pavillon.
Ses parlementaires réussiront sous la Troisième République à convaincre leurs collègues de Métropole de l'intérêt de la lutte contre l'hégémonie Merina.
En 1895, ils voyaient leurs efforts couronnés de succès par la transformation du protectorat établi en 1885 en annexion pure et simple.
Fidèles à une seule tradition, les créoles participèrent nombreux au cours des conflits de 1870, de 1914 et de 1939. La Réunion rallia la France libre le 18 novembre 1942. Elle avait au cours du siècle précédent acquis tous les droits à la qualité de Département Français. 

premiere GM monument aux morts saint-denis

Démographie

La population de la Réunion connut pendant plus d'un siècle (1815/1945) trois périodes distinctes.
La première période qui est celle de la reconversion de l'agriculture à la monoculture sucrière fut marquée par un énorme accroissement démographique dû aussi bien à une augmentation de la natalité qu'à l'immigration européenne et à l'intensification de la traite clandestine. L'émancipation des esclaves intervient en 1848 et le recrutement de travailleurs engagés, commencé en 1827, se développa.
La convention anglaise du 1er juillet 1861 autorisa le recrutement de travailleurs indiens et cette immigration amena un énorme gonflement de la population qui atteignit 211.000 âmes en 1869 et cela malgré le choléra de 1859 qui avait décimé la population rurale.
A partir de cette date, et malgré l'arrivée de Mozambiques, Chinois, Tonkinois, Comoriens, Somalis, etc..., la population n'était que de 173.000 personnes en 1921. Le paludisme introduit de Maurice en 1868 avait causé une mortalité effrayante s'attaquant sans discrimination à toutes les couches de la population et à toutes les classes d'âge.
Ce n'est qu'à partir de 1921, après la terrible grippe espagnole de 1919, que la population put reprendre son mouvement ascendant pour atteindre 225.387 habitants en 1946.

evolution population

Vie économique

La vie économique de 1815 à 1946 a été particulièrement agitée.
En agriculture la reconversion à la monoculture sucrière se fit progressivement et nécessita une forte immigration de main d'œuvre. Les années 1850 furent particulièrement fastes mais la conjugaison de plusieurs fléaux déclencha à partir de 1870 une crise économique qui dura presqu'un demi-siècle. Edmond Albius découvrit la fécondation artificielle de la vanille. On introduisit mais surtout on apprit à distiller les plantes à parfums pour en extraire les huiles essentielles.
Sur le plan foncier on assista d'une part à la création de grands domaines dans les secteurs agricoles riches et d'autre part à la miniaturisation des terres moins fertiles. Le paysage réunionnais prend progressivement l'aspect qu'il conserve actuellement.
L'industrie sucrière est de loin la plus importante. A la multiplication des moulins individuels dans une première phase succède la concentration. Les autres industries (préparation de vanille distillation de parfums, savonnerie, etc) restent artisanales.
L'élevage concerne surtout les animaux de trait et la Réunion devient tributaire de Madagascar pour sa consommation de viande.
La protection des forêts déclencha une lutte féroce entre l'administration et les propriétaires. Le règlement de 1874 ne fut modifié qu'en 1940. Entre-temps les forêts des Hauts de l'Ouest avaient disparu.
D'inexistant en 1815, le Commerce se développe mais reste soumis aux aléas de l'agriculture. Des établissements de crédit sont créés parmi lesquels la Banque de la Réunion, mais beaucoup ne résistent pas aux crises successives.
Enfin la circulation monétaire s'effectua dans les pires conditions. On arriva même à créer une monnaie locale le Kerveguen dont la démonétisation en 1879 faillit créer une émeute générale.

Edmond Albius 

Régimes politiques

Si à la Rétrocession on se contenta de rétablir l'Ancien Régime, l'ordonnance du 21 août 1825 mit en place un Conseil Général, un Conseil Privé et des Conseils Municipaux et restreignit le pouvoir législatif du Gouverneur.
L'action du parti des Francs Créoles obtint l'élection au suffrage-censitaire des Conseillers Généraux en 1832.
La Loi du 24 août 1833 institua un Conseil Colonial de trente membres élus au suffrage censitaire. Le pouvoir législatif fut transféré au Parlement Métropolitain.
La Seconde République concentra tous les pouvoirs entre les mains du Commissaire Général Sarda Garriga, mais nous accorda deux députés.
Le Second Empire supprima la représentation coloniale et créa les assemblées locales dont les membres n'étaient pas élus mais désignés.
C'est pourquoi la presse joua un grand rôle dans la formation de l'opinion publique et les querelles entre les factions politiques amusèrent beaucoup de nos grands parents. Mais ces querelles pouvaient aller beaucoup plus loin et l'émeute du 2 décembre 1868 fut durement réprimée.
Après la chute de l'Empire, la Troisième République établit le suffrage universel et mit progressivement en place les institutions que nous connaissons encore.
En fin de siècle et pour mobiliser les abstentionnistes on dramatisa les élections en y introduisant la violence et le bourrage d'urnes. Il faudra plusieurs décennies pour faire disparaître ces méthodes condamnables.
Jusqu'à la fin de la période, la presse jouera un rôle important dans l'information et la formation de l'opinion publique.

depute sarda garriga

Vie religieuse

En 1817 il ne restait à la Réunion que cinq lazaristes vieux et infirmes et la pratique religieuse était devenue extrêmement réduite.
L'Ile fut confiée à la Congrégation du St-Esprit qui ne put envoyer au début que des prêtres séculiers en provenance de diverses paroisses de France. Ce clergé colonial, épaulé par les Frères des Écoles Chrétiennes et par les Religieuses de St-Joseph de Cluny, qui avaient été chargés de l'instruction primaire, fit un remarquable ouvrage. Il faut, en particulier, rendre hommage au R.P. Minot qui releva l'église et le quartier de St-André.
Lors de l'émancipation des esclaves une congrégation locale, celle des Filles de Marie, se créa pour instruire et former les nouveaux citoyens.
A la même époque, la Préfecture Apostolique fut détachée de l'Ile Maurice et érigée en évêché par la bulle «Inter precipuas» de Pie IX le 22 juin 1850.
Il n'y a pas encore de séparation de l'Église et de l'État et les évêques, bien que nommés par Rome, sont présentés par le Gouvernement qui, par ailleurs, rémunère les prêtres. Cette situation amène des ingérences de l'administration civile dans les affaires du clergé.
A partir de 1911, le Clergé catholique deviendra indépendant et ne pourra plus être muselé par le pouvoir laïque. Il devra en contre-partie assurer sa subsistance par des quêtes et par le versement par les fidèles du Denier de la Foi.
A côté de la religion catholique, largement majoritaire avec 95% des habitants baptisés, on rencontre des adeptes de la religion malabare, des musulmans, des bouddhistes, taoïstes, confucianistes et des protestants. L'implantation de ces cultes date de la fin du 19e siècle et des deux premières décennies du 20e siècle.

sainte marie eglise

Instruction publique

Les Frères des Écoles Chrétiennes et les Religieuses de St-Joseph de Cluny furent à partir de 1817 les créateurs de l'École Primaire à Bourbon. A partir de 1870, la laïcisation de l'enseignement fut entreprise et la création d'une École Normale en 1881 aida à former les instituteurs qui devaient prendre la relève des congréganistes. En fait, il fallut plus de trente années pour aboutir à la laïcisation des écoles communales et beaucoup d'écoles congréganistes subsistèrent.
Dans l'Enseignement Secondaire le Collège Royal, devenu Lycée, tient une place de choix mais il ne faut pas oublier l'existence de collèges privés: St-Charles à St-Paul, École Joinville, Collèges Ste-Marie et Saint-Michel à St-Denis, Désiré Barquisseau à St-Pierre. Ces collèges payants ne purent survivre à la ruine des propriétaires dont la situation alla en empirant de 1870 à 1910.
Enfin dans l'Enseignement Supérieur vingt années d'efforts, de 1817 à 1837, pour créer une Ecole de Droit s'effondrèrent devant la sourde opposition des Facultés de France jalouses de leurs privilèges.
Il fallut attendre le décret du 11 février 1926 et les années 1929/1930 pour voir renaître de ses cendres cette école de Droit que les Créoles appelaient de leurs vœux. 

College royal College bourbon

Infrastructures

L'établissement de la monoculture sucrière nécessite la mise en place d'une infrastructure qui donnera à Bourbon la physionomie de la Réunion que nous connaissons actuellement.
Les routes se créent, se développent et les gués sont remplacés par des ponts souvent emportés, toujours refaits.
La création du Chemin de Fer et du Port de la Pointe des Galets révolutionne les habitudes: les marines disparaissent, les diligences aussi. Les voitures hippomobiles deviennent automobiles à partir de 1900.
Dans le domaine de l'action sanitaire et sociale de grands efforts sont faits mais ils demeurent insuffisants et le paludisme est responsable du tiers des décès.
Enfin l'électricité améliore les communications humaines grâce au télégraphe puis au téléphone et enfin à l'éclairage des villes. 

Le port de la Pointe des galets

Moeurs

Cette longue période de 130 ans a connu trois phases successives: de développement, de récession et de reprise. Elle a vu une participation active de l'élite réunionnaise à la vie culturelle française: Leconte Delisle, Léon Dierx, Auguste Lacaussade pour la poésie, Edouard Hervé pour le journalisme, Joseph Bédier en littérature, Félix Guyon en médecine tiendront les premières places.
Bailly de Monthyon, Bonnier Gaëtan et Pierre Eugène, Berg, de Mahy, Lacaze contribueront à l'épopée française dans le monde entier.
Le sacrifice de nombreux de nos compatriotes pendant les deux conflits mondiaux nous vaudra la reconnaissance de la Nation et nous permettra d'accéder à la dignité de Département français, dignité pour laquelle nos aînés se sont battus pendant des décennies.
De 1815 à 1870. Les bourgs prennent l'allure des villes et les premières constructions importantes apparaissent.
La mode fait son apparition et les châles de cachemire et le voile de dentelles sont indispensables.
Les spectacles et réceptions se développent: les ballets apparaissent en 1838, la polka et le carnaval en 1845, la Société des Courses en 1849, la Société des Sciences et Arts en 1855, et le bal du Château des Fleurs en 1870.
Les fêtes nationales donnaient lieu à des réjouissances populaires: Fête du Roi, Fête de la Constitution, Fête de l'Empereur furent successivement célébrées avec faste. Entretemps la musique et les marches militaires animaient la capitale.
De 1871 à 1910. Les propriétaires terriens ruinés sont expropriés par le Crédit Foncier Colonial. On ne construit plus de belles demeures et on revient à la maisonnette en bois couverte en bardeaux avec toit à «l'italienne». Les clôtures en pierres et les «terrasses» font leur apparition.
La vie culturelle s'enlise lentement et en 1886 Baretti sollicite pour la dernière fois la «concession du privilège» d'exploitation du théâtre. Sciences et Arts entrent en léthargie. Par contre des cercles et des associations de secours mutuels s'organisent. Le chemin de fer relie les villes du littoral et on découvre les plages de Saint-Gilles à partir de 1880. Le paludisme provoque une cachexie quasi générale et une grande partie de l'élite fait carrière en dehors de l'Ile.
De 1911 à 1940. Malgré la Grande Guerre la situation s'améliore: le Musée Léon Dierx et l'Académie sont créés, l'automobile fait son apparition et le sport se développe. Le Bal du Gouvernement et celui de la Mairie ont un grand prestige. La Société des Courses se réorganise, retraites aux flambeaux, feux d'artifice et bals populaires ont leurs adeptes. Les costumes sont encore variés et beaucoup mieux adaptés au climat.
Enfin la vie religieuse demeure intense et ses cérémonies meublent souvent les loisirs dominicaux de la population. 

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