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DESBASSAYNS Hombeline (1755-1846)

Chef d'entreprise

Date de naissance:
3 juillet 1755
Date du décès:
4 février 1846

Au début du XIXe siècle, une femme se trouve à la tête de la plus importante entreprise agricole de France alors que son gendre, Joseph de Villèle, allait diriger la France de la Restauration. Son mérite est d'autant plus grand qu'elle a produit pour la France du café, du coton puis du sucre à un moment où la pression sociale et le code civil de Napoléon renforçaient l'incapacité des femmes.

Hombeline DESBASSAYNS

 

DESBASSAYNS HombelineMarie-Anne-Thérèse-Hombeline (dite Ombline), fille de Julien Gonneau-Montbrun et de Marie-Thérèse Léger-Dessablons, est née le 3 juillet 1755. Sa mère meurt «en couches» et elle restera fille unique malgré le remariage de son père. Elle est confiée dans un premier temps à une parente Madame Hoareau — et elle est élevée par une nourrice noire, Madeleine, qu'elle va considérer comme sa véritable mère. Certains vont même affirmer par la suite qu'elle est fille d'esclave. Son père se lancera comme un forcené dans le travail et va se constituer ainsi un patrimoine considérable : 200 esclaves et plusieurs habitations. Après le remariage de son père avec Barbe Gertrude Léger, cousine de sa première femme, Ombline regagne le domicile paternel. La riche héritière épouse le 28 mars 1770 son voisin, Henry-Paulin Panon-Desbassayns. Il a 38 ans et elle en a 15. Les époux s'unissent pour le meilleur car, en 1789, Ombline et Henry-Paulin sont à la tête de la plus riche propriété de l'île. Le couple aura neuf enfants qui auront tous un sort enviable : Julien dit Desbassayns l'aîné devint Inspecteur des Finances et se fixa en 1815 dans sa propriété du Bréau dans l'Yonne ; Henri dit Montbrun fut contrôleur général des Finances dans le Doubs. Philippe dit Richemont épousa Eglée Fulcrande Mourgue et fut l'homme de confiance de Bonaparte dans ses tractations secrètes avec Pitt et l'Angleterre ; commissaire ordonnateur de la marine, il régla le problème constitutionnel de Bourbon à la Restauration. Charles et Joseph seront les pionniers de la révolution industrielle sucrière de Bourbon ; le premier sera d'ailleurs président du Conseil Général.

Et les quatre filles ? Marie épousa Jean-Baptiste Pajot, membre de l'Assemblée Coloniale, Mélanie épousa Joseph de Villèle, chef du gouvernement de la France, Gertrude épousa Jean-Baptiste de Villèle et Sophie épousa Auguste Pajot.

Henri-Paulin meurt le 19 octobre 1800. La vraie vie de Madame Desbassayns commence alors. Elle prend deux décisions : elle ne se remariera pas et elle ne laissera le soin à personne de gérer la propriété Desbassayns. Elle va racheter les parts de ses enfants qu'elle va rajouter en 1801 à la succession de son père. Une femme se trouvait à la tête d'une des plus grosses entreprises agricoles de France. Et avec la nomination de son gendre de Villèle comme chef du gouvernement, le clan Desbassayns-de Villéle se retrouvait à la tête de l'Etat.

La veuve riche et puissante a accueilli tous les visiteurs de passage dans l'île ; elle leur offrait le gîte et le couvert. A ceux de belle naissance qui voulaient s'établir, elle a offert l'embauche sur ses terres et la main d'une de ses filles.

Sa fortune s'est constituée dans un contexte économique et politique difficile : blocus de l'île, cyclones, sécheresses, effondrement de la base caféière, révolution et conquête anglaise. Et son mérite est d'autant plus grand qu'elle a exercé des responsabilités de chef d'entreprise à un moment où la pression sociale et le code civil de Napoléon renforçaient l'incapacité civile des femmes. Sa réussite a reposé sur le système esclavagiste, est-ce pour cela qu'elle a été «démonisée» ? Elle qui croyait plus en l'avenir vivrier de l'île accepta pour le bien commun de subventionner les recherches sucrières de Wetzell.

Elle meurt le 4 février 1846 à 18 heures. Deux ans plus tôt, le Pape Grégoire XVI lui adressa une lettre apostolique pour la remercier de son soutien aux missionnaires de Bourbon. Deux ans plus tard, le 20 décembre 1848, les esclaves étaient libérés ; une page de l'histoire de l'île était définitivement tournée.

Enterrée dans un premier temps au cimetière de St-Paul, ses restes furent transférés en 1866 à la chapelle Pointue, à St-Gilles-les-Hauts, où elle repose désormais. Cette chapelle fut détruite lors du cyclone de 1932 puis reconstruite. Sa pierre tombale fissurée accueille aujourd'hui les visiteurs devant l'autel.

Diablesse ou deuxième providence

Elle avait désiré que ses principaux noirs la portassent à sa dernière demeure. Cet honneur leur fut disputé par des fils de bonne famille du quartier St-Paul; cette rivalité si touchante se termina par une transaction: les noirs jaloux de leurs droits, mais touchés, eux aussi, de ces marques de respect et d'attachement, consentirent à ce que ceux-ci remplissent en partie ce pieux devoir, se réservant à eux-mêmes de la porter à l'église au lieu de la sépulture.

J.B. de Villèle, 1846

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boutique Madame desbassayns ePubMadame Desbassayns, Jean-François Samlong, 1985 - Livre numérique

Au travers de ce roman historique et grâce au travail de documentation minitieux de l'auteur, découvrez qui fut Madame Desbassayns, incarnation du mal pour les uns, Seconde providence pour les autres !

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