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LA SERVE (de) Nicole (1791-1842)

Homme politique

Date de naissance:
10 avril 1791
Date du décès:
18 décembre 1842

Journaliste au Constitutionnel (le journal de son beau-père Chevassus), ce brillant avocat, prix d'honneur de philosophie au concours général à Paris en 1812, publiera le best-seller de la Restauration. Son ouvrage, La royauté suivant la charte (1819) traduit en plusieurs langues et diffusé en Europe est, avec l'essai de St-Simon De la réorganisation de la société européenne un des plus grands succès littéraires de la période.

Nicole de LA SERVE

 

Jean-Pierre-Francois-Nicole Robinet de La Serve est né à Ste-Suzanne le 10 avril 1791. Son père, qui avait quitté la marine pour s'installer à Bourbon, va y jouer un rôle politique important. En 1790, il sera membre de l'Assemblée Coloniale. Il meurt en 1796, le jeune Nicole ayant à peine 5 ans.

A 18 ans, on retrouve Nicole à St-Paul où il participe à la lutte contre les Anglais. Un an plus tard, en 1810, il est de ceux qui opposent une résistance héroïque aux envahisseurs anglais. Après la reddition du 9 juillet 1810, il refuse de prêter allégeance à l'Angleterre. Il quitte Bourbon avec le colonel de Ste-Suzanne (gouverneur de la capitulation) qui l'a engagé comme secrétaire. En France, il reprend ses études. Brillant étudiant, il obtient en 1812 le prix d'Honneur de Philosophie au concours général. Il commence alors des études de droit. En 1816, il est avocat.

La Serve est peut-être venu au journalisme par la voie la plus agréable qui soit : l'amour de Clélie-Germinale Chevassus, fille   du   directeur du journal Le Constitutionnel. Il entame une carrière de journaliste au journal de son beau-père acérant sa plume contre les Bourbon. En 1819, ce bonapartiste enragé publie «La Royauté Suivant La Charte». Le livre est un best-seller. Il est traduit en plusieurs langues et diffusé en Europe. Cet ouvrage est avec l'essai de Saint-Simon publié en 1815 («De la réorganisation de la société européenne, ou la nécessité de rassembler les peuples de l'Europe en un seul corps politique, en conservant à chacun son indépendance nationale») un des plus grands succès littéraires de la période.

La notoriété donne plus d'ampleur à son engagement politique. Il devient un adversaire acharné de la Restauration de la cour des Bourbon. Mais en 1824, en apprenant la gravité de l'état de santé de sa mère, il décide de mettre un terme à sa prometteuse carrière et de regagner son île natale. Il est au chevet de sa mère qui meurt en 1825. La même année, il perd sa femme et ce double deuil va momentanément calmer son militantisme.
 
A Bourbon, il va s'employer à développer la conscience politique de ses compatriotes pour l'égalité des chances entre la métropole et île. Sur le plan personnel, il crée en 1827 la propriété et l'usine du Colosse à St-André et épouse en 1828, Jenny-Maria Anfrye. Il va fonder en 1831 l'Association coloniale réclamant l'indépendance sinon l'autonomie dans le cadre des lois de 1791. C'est une aventure sans lendemain. Mais son travail de conscientisation va donner naissance à l'Association des Francs Créoles.

La charte de juillet 1830, promulguée à Bourbon le 10 décembre 1830, précise dans son article 7 «Les Français ont le droit de publier et faire imprimer leurs opinions en se conformant aux lois. La censure ne pourra jamais être rétablie». Mais le gouverneur Duval d'Ailly fait une lecture différente des textes. La presse locale sera toujours régie par l'arrêté du 15 pluviôse an XI établissant la censure, l'ordonnance du 20 juin 1816 maintenant cette censure et l'ordonnance «organique» du 21 août 1825 qui stipule dans son article 42 : «Le gouverneur surveille l'usage de la presse, commissionne les imprimeurs, donne les autorisations de publier les journaux et les révoque en cas d'abus». La presse bourbonnaise reste soumise à l'autorité de tois pouvoirs : ceux du gouverneur du directeur de l'Intérieur et du procureur général. Il n'xiste pas dans l'île de journal libre, politique ou critique — le monopole Lahuppe imposant une presse administrative et bien pensante.
 
Le 15 mai 1831, l'Association des Francs Créoles est fondée. Si Louis-Antoine Loupy en est le premier président, c'est Nicole de la Serve, chargé de la propagande qui en est le principal animateur. Cette association secrète se dotera d'une presse pour sortir un journal clandestin lithographié : Le Furet. Les élections cantonales du 8 août 1832 confirment la justesse des thèses de l'association. Les Francs Créoles enlèvent 15 des 32 sièges au nouveau Conseil Général et Nicole de la Serve est honoré d'une double élection à St-André et à Ste-Suzanne. Fort de ses mandats, il va se mobiliser pour le développement économique de la région Est. Il propose la création du district de Salazie, pousse au développement de la culture de la soie et contribue activement à l'ouverture du canal de Champ-Borne. Un deuxième journal clandestin (Le Salazien) voit le jour en février 1833 pour arracher la liberté de la presse. Le matériel sera saisi en août 1833.

De Jenny-Maria Anfrye, sœur de la mère de Victorine Monniot, il aura trois enfants. Dans ce couple uni, la très catholique et très pieuse Jenny laissera leurs enfants embrasser la foi protestante. La famille va couler des jours heureux au Champ-Borne, malgré la ruine de Nicole Robinet, dans une belle maison (Belle Ombre) située entre la route du Champ-Borne et la mer un peu avant l'usine du Colosse. Nicole de La Serve mourut à Salazie le 18 décembre 1842, deux jours après avoir appris la mort d'une de ses filles. A la demande des habitants de St-André, il est enterré dans cette localité. L'île Bourbon reconnaissante va organiser une souscription pour lui élever un monument funéraire avec comme seule épitaphe : «Au défenseur des libertés coloniales».


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