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VILLELE (de) Joseph (1773-1854)

Député de la Réunion
Chef du gouvernement de la France


Date de naissance:
14 avril 1773
Date du décès:
13 mars 1854

Député de St-Benoît à la Réunion, ce Toulousain planteur de café rentre en France en 1807 via New-York avec sa femme et ses enfants créoles. Maire de Morvilles puis de Toulouse en 1815 son itinéraire se confond alors avec l'histoire de France. Chef des ultra royalistes sous la Restauration, président du Conseil (chef du gouvernement) de 1822 à 1828, il connaîtra tous les honneurs.

Joseph de VILLELE

 

Jean-Baptiste-Guillaume-Marie-Anne-Séraphin-Joseph, comte de Villèle naquit à Toulouse au n°26 rue Ste-Claire, maison Brassaillère, le 14 avril 1773. Son père Louis-François-Joseph de Villèle était alors âgé de 23 ans et sa mère, Anne-Louise de Blanc de Guizardie de 22 ans. Ses premières études se firent chez ses parents avec un précepteur ecclésiastique, puis en pension chez M. Doutre à Toulouse. Il quitta le collège royal en mars 1788 et se présenta au concours d'entrée à l'école de marine d'Alais devant Monge, le futur ministre de la Marine. Le 18 juillet 1789, il appareilla comme élève de seconde classe sur la frégate L'Engageante pour St-Dominique. Il retourna à Brest le 3l décembre 1790. La Révolution faisait rage.

M. de St-Félix «ami et allié» de sa famille devant partir pour l'océan Indien comme chef de la division navale, il obtint l'autorisation de l'accompagner. Il quitta Brest sur la Cybèle le 26 avril 1791 pour fuir la révolution et se réfugier dans la mer des Indes, à l'isle de France et à Bourbon. L'affaire St-Félix — l'amiral étant accusé de «contre-révolution» — fit connaître à de Villèle les rigueur des prisons révolutionnaires de St-Denis en mai 1794. «Quand par quelqu'oubli de nos gardes ou par quelques pas de plus dans la promenade nous pouvions parvenir à nous entrevoir et à nous faire de la main un petit signe d'amitié, c'était pour tous les deux une bien douce réjouissance.» L'affaire se termina par un non-lieu.

Libéré le 3 juillet 1794, avec Désorchères il décida de rester malgré tout dans l'océan Indien. Il acheta à très bas prix (1400 balles de café) une propriété à Bras-Panon appartenant à Bertrand, président du tribunal de première instance de la Réunion qui rentrait en France. Le marin était devenu colon et travailla la terre comme un forcené. Il tomba gravement malade. Sa chance fut de rencontrer le Dr Leprince qui l'emmena en convalescence chez lui. Non seulement il fut guéri, mais le Dr Leprince le présenta à la famille Desbassayns. Il tomba amoureux de Mélanie et l'épousa le 13 avril 1799. La même année il se lança dans la politique locale comme député de St-Benoît à l'Assemblée Coloniale. Cela lui coûta de prêter le serment suivant : «Je jure haine à la royauté et à l'anarchie, attachement et fidélité à la République». Plus tard il avoua : «J'ai gémi et j'ai juré». Il joua un rôle de premier plan à l'assemblée ; c'est lui qui fit échouer le projet d'indépendance de la Réunion du 12 ventôse an VIII.

Le 14 mars 1807, il quitta St-Paul pour rentrer en France via New-York. Il arriva à Bordeaux le 10 octobre 1807. Avec lui et sa femme, deux enfants nés à la Réunion : Louis-Henri né le 30 août 1800 et Louise, future comtesse de Neuville, née le 6 juillet 1804. Ils auront deux autres filles nées en France : Henriette (Mme de Pons) et Sophie (la vicomtesse Drouilhet de Sigalas).

Son premier geste politique en France fut de soutenir le 20 mai 1814 la charte constitutionnelle royale en faisant imprimer chez Manavit ses observations adressées aux députés de la Haute-Garonne. En avril 1815 refusant le serment à Bonaparte après les Cent Jours, il démissionne comme maire de Morvilles. Le 23 juillet 1815 après le retour du roi, il est nommé maire de Toulouse par le duc d'Angoulême.

L'itinéraire de Joseph de Villèle se confond alors avec l'histoire de France. Chef des ultraroyalistes sous la Restauration, ministre, président du Conseil (chef du gouvernement) de 1822 à 1828, il connaîtra tous les honneurs. La révolution de 1830 le poussera à la retraite. Retiré sur ses terres, il commença en 1839 la rédaction de ses mémoires.

Malade dès 1841, quasiment infirme en 1847, il mourut le 13 mars 1854.


La fiancée du café

Mlle Mélanie Desbassayns a dix-huit ans; elle a été élevée à Paris; elle a une agréable figure et est forte sur le piano... Elles est dotée par ses parents de 1800 balles de café au comptant, soit en nature, soit en terres et autres objets... En me mariant je me suis trouvé avoir à moi 400 balles de café, fruit de mon travail. Entre ma femme et moi nous avons donc 2200 balles de café, représentées ou employées ainsi qu'il suit: 800 en une habitation située au Bras-Panon, que j'ai achetée et payée comptant, qui rapporte annuellement 100 balles de café; ... une autre habitation donnant 100 balles de café, provenant de la dot de ma femme estimée la valeur de 700 balles de café, celle-là située près des biens de M. Desbassayns, quartier Saint-Paul. Trente-six noirs, tant attachés à la culture que domestiques, estimés l'un dans l'autre 20 balles. J'ai de plus acheté, 400 balles en 4 ans, une autre habitation de plaisance et rapportant des vivres seulement, au quartier Sainte-Marie, à une petite lieue de la ville. C'est là que nous faisons notre demeure habituelle...

Joseph de Villèle, septembre 1799
Lettre à son père
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