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Les religions à La Réunion

"Ici tous les pays portent des noms de saints, ce qui ne veut pas dire que je me porterais garant de la dévotion de leurs habitants". Cette boutade issue de Souvenirs de voyage publié par Paul EUDEL en 1894 illustre dèjà le caractère particulier de La Réunion des religions.

L'île de La Réunion comporte une majorité exceptionnelle de catholiques: plus de 90% de la population. Cependant, les statistiques et l'omniprésence du catholicisme, dans le paysage, comme dans la vie sociale, rendent partiellement compte d'une réalité beaucoup plus complexe.

Réligion officielle, le catholicisme a bénéficié dès les origines du peuplement d'un monopole qui n'a pas entraîné une véritable christianisation des esclaves. Il faut attendre l'abolition de l'esclavage, en 1848, pour que s'opère parmi les affranchis un mouvement spectaculaire d'adhésion au catholicisme. L'instauration d'un évéché semble alors inaugurer la construction d'une chrétienté conforme au modèle métropolitain. Mais la montée de l'anticléricanisme, l'attitude des élites, le refus des Indiens et la faiblesse du clergé local empêchent la réalisation du projet à la veille de la première Guerre Mondiale.

La restauration d'un climat de compréhension réciproque entre clergé et administration, la christianisation des engagés originaires de la Chine et surtout de l'Inde semblent enfin consacrer le triomphe de l'Eglise au XXè siècle. Pourtant depuis 1945 les mutations économiques, accélérées par la départementalisation, la forte influence du communisme et les attraits de la société de consommation ébranlent l'ordre ancien. La mise à jour d'une religion populaire vivante, le réveil de l'hindouisme et la vitalité de la petite communauté musulmane font éclater l'image de la chrétienté cléricale.


Le culte chrétien

Cene face pluie petiteSur la carte de la Réunion s’égrènent les noms de saints catholiques donnés par les premiers colons aux communes de l’île.

Dès le 17è siècle, par les capucins ou quelques prêtres aventuriers d'abord, puis par des prêtes lazaristes français envoyés par Louis XIV, l'évangélisation de l'Isle Bourbon est "assurée". Plus tard des réligieux d'autres obédiences fonderont les paroisses et baptiseront tous les nouveaux arrivants, esclaves y compris. Au 19è siècle, les Noirs affranchis et les "engagés" indiens (dont le contrat autorisait cependant la liberté de culte) bénéficieront aussi de ce traitement de baptême.

La population réunionnaise est très pieuse et exerce une pratique religieuse assez libre qui ne se limite pas aux commandements de la Bible. Cette pratique s'agrémente de croyances très éclectiques, à l'image de la diversité de sa population. Notre courte histoire de 350 ans, riche du passage de prêtres missionnaires dispose aussi de ses divinités auxquels des légendes attribuent des miracles ou d'autres pouvoirs. Des cultes païens leurs sont voués. Et chaque jour, vous aurez également la possibilité de voir des pélerins venir se recueillir devant la Vierge Noire à Sainte-Marie, à Notre-Dame de la Salette à Saint-Leu ou encore à la Vierge au Parasol à Sainte-Rose.

Partout, la piété populaire se manifeste. Outre les églises, vous remarquerez les « ti bon dié », petits oratoires disséminés le long des routes et des chemins. Peinture ou tissus rouges, bougies et fleurs entourent généralement l’effigie de St-Expédit, le saint local le plus vénéré – bien qu’il ne soit pas reconnu par ­l’Église – représenté en soldat à cape rouge tenant une croix à la main. Il a la réputation d’exaucer rapidement les vœux des fidèles et est souvent invoqué pour une vengeance. Le vœu exaucé, le demandeur doit lui faire une offrande pour éviter d’être à son tour puni.


Le culte hindou


culte hindou mediumImporté par les « engagés » indiens au 19è siècle, l’hindouisme, malgré l’opposition affichée par les autorités coloniales et l’Église, a réussi à survivre sur cette terre nouvelle, où il figure aujourd’hui comme seconde religion. Baptisés à leur arrivée sur l’île, les hindous furent autorisés par leurs employeurs à poursuivre leurs pratiques religieuses d’origine. Ils construisirent même de petits lieux de culte sur un terrain qu’on leur réservait dans la cour des usines. Vous ­verrez de nombreuses « chapelles » malabars, souvent construites près d’un banian (arbre sacré de l’Inde), à proximité des anciens domaines sucriers, surtout sur la côte Est.

Ce mélange d’assimilation et de fidélité aux sources a donné naissance à une religion originale. Privés de brahmanes (les prêtres hindous, restés en Inde), ils ont privilégié des rites populaires, comme celui de la déesse Kali, en l’honneur de laquelle sont sacrifiés des animaux, de Pandialé, divinité pour laquelle se pratiquent les marches sur le feu, et du dieu Muruga (le fils cadet de Shiva).

Une divergence subsiste entre la voie orthodoxe, fidèle à l’hindouisme indien, et la voie créole, telle qu’elle s’est développée à la Réunion.

Le culte musulman


Introduit à la Réunion au 19è siècles par les Z’arabes venus du nord de l’Inde, l’islam est également pratiqué par les Mahorais et les Comoriens dans les treize mosquées de l’île. Solidaire, la communauté indo-musulmane maintient des liens étroits avec son pays d’origine et suit les règles fondamentales de l’islam : affirmer l’unicité d’Allah, prier, faire l’aumône, le jeûne du ramadan et si possible le pèlerinage à La Mecque. Les fidèles se réunissent tous les vendredis à la mosquée pour écouter l’imam et prier ensemble. Si les jeunes musulmans vont à l’école française laïque, ils peuvent suivre un enseignement religieux à la médersa (école coranique), où ils étudient le Coran en arabe et, parfois, apprennent la langue des origines, l’ourdou ou le gudjerati. Fervents mais également très tolérants, ils suivent les préceptes du Coran avec souplesse et modération. Vous verrez des femmes voilées, mais la majorité d’entre elles ont adopté le jean et le tee-shirt.

La majorité des musulmans de la Réunion sont sunnites ; on compte également une minorité chiite, arrivée plus tardivement dans l’île.

Le culte chinois


De nombreux Chinois se sont convertis au catholicisme en arrivant à la Réunion au 19è s. Seule une minorité pratique encore le bouddhisme, auquel se sont intégrés des rites hérités du taoïsme et du confucianisme. Quelle que soit leur religion, ils restent très fidèles au culte des ancêtres et au service des morts.


... La Sorcellerie à La Réunion


SacrificeD’autres croyances populaires, héritées de l’Afrique, de Madagascar et de l’Inde, donnent lieu à des actes de superstition, de magie noire et de sor­cellerie. Vous trouverez des traces de ces pratiques nocturnes dans certains cimetières, à des carrefours, au bord de la mer, sur des arbres… Vous y découvrirez peut-être des cigarettes consumées, des verres de rhum, des noix de coco, des fleurs, des épices ou autres offrandes, voire des coqs sacrifiés dans des circonstances occultes… Sorciers et guérisseurs exercent toujours, malgré la condamnation du clergé catholique.

Les superstitions, enfin, hantent le quotidien de nombreux Réunionnais, qui évitent tout ce qui risquerait d’attirer les mauvais esprits. Vous remarquerez par exemple autour des cases de curieux objets destinés à chasser le mal, comme un couteau, une poupée, du sel…

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