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Le Témoin

Léon DierxLes Amants

Poète

Date de naissance:
31 mars 1838
Date du décès:
11 juin 1912

Poète Parnassien publié chez Lemerre, Léon Dierx est sacré Prince des Poètes en octobre 1898, à la mort de Mallarmé. Il est préféré à José-Maria de Hérédia. Il fait partie du groupe de poètes qui veilla le corps de Victor Hugo à l'Arc de Triomphe le 22 mai 1885. Un monument fut érigé à sa mémoire place des Batignolles.

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Léon DIERX

 

 



A Henri Roujon


Quand cette femme auprès de cette femme a passé,
Tout à coup, dans la rue allant en sens contraire,
J’ai pâli brusquement, comme un dépositaire
Qui pense au lourd secret a sa garde laissé :

Un héroïque amour, deux êtres magnanimes
Pour la vie et la mort l’un à l’autre jurés ;
Un tragique départ, deux cris désespérés,
Puis le temps, ravisseur des passions sublimes.

Quand cet homme a croisé cette femme, j’ai cru
Qu’au choc de leurs regards s’ouvriraient des murailles,
Et qu’alors je verrais palpiter les entrailles
D’un trésor dérobé qui s’est toujours accru.

Mais lui, sans qu’un seul muscle ait frémi sur sa face,
Elle, sans qu’en ses yeux un seul éclair ait lui,
Ils se sont regardés et perdus, elle et lui,
Dans la foule où chacun en surgissant s’efface.

Du même pas ils ont poursuivi leurs chemins,
Comme deux étrangers que l’infini sépare.
Et moi, j’ai chancelé d’horreur, comme un avare
Qui n’entendait plus l’or sonner entre ses mains.