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L'Armistice

Léon DierxLes paroles du vaincu

Poète

Date de naissance:
31 mars 1838
Date du décès:
11 juin 1912

Poète Parnassien publié chez Lemerre, Léon Dierx est sacré Prince des Poètes en octobre 1898, à la mort de Mallarmé. Il est préféré à José-Maria de Hérédia. Il fait partie du groupe de poètes qui veilla le corps de Victor Hugo à l'Arc de Triomphe le 22 mai 1885. Un monument fut érigé à sa mémoire place des Batignolles.

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Léon DIERX

 

 

                                                     
                                                      FÉVRIER 1871


A A. Vacquerie.


Quelle nuit, ô mon âme ! et quel silence ! Écoute !
La diane héroïque hier encor battait !
Voilà donc la rançon que le pain blanc nous coûte !
      Contemple Paris qui se tait !

Superbe, aux longs échos de ses vingt citadelles,
Hier encor Paris, debout sur ses remparts,
Caressait des canons fidèles.
      O stupeur, qu’après eux laissent les grands départs !

Le camp sublime, hier plein de veuves sans larmes,
Se roidissant dans sa fierté,
Il se tait, noir désert plein de soldats sans armes,
      Prison morne sur qui pèse un rêve hébété !

O nuit faite pour les fantômes !
Ressuscite les vieux Français ! Ah ! cache-nous,
Nous vers qui rayonnaient ces flèches et ces dômes,
      Nous, les vivants muets de Paris à genoux !

O nuit ! qui donc s’en va ? Qui nous quitte ? — O silence !
Qui donc râle ? Qui donc est mort ?
Liberté, gloire, orgueil du drapeau sur sa lance,
      Qu’êtes-vous devenus aux rafales du Nord ?

Inextinguible amour ! Aïeule ! idolâtrie
Des morts fameux ! O France ! héritage sacré !
Berceau ! Terre sainte ! ô patrie !
      O Christ des nations par vingt Judas livré !

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