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La robe de Nessus

Léon DierxAspirations

Poète

Date de naissance:
31 mars 1838
Date du décès:
11 juin 1912

Poète Parnassien publié chez Lemerre, Léon Dierx est sacré Prince des Poètes en octobre 1898, à la mort de Mallarmé. Il est préféré à José-Maria de Hérédia. Il fait partie du groupe de poètes qui veilla le corps de Victor Hugo à l'Arc de Triomphe le 22 mai 1885. Un monument fut érigé à sa mémoire place des Batignolles.

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Léon DIERX

 

 

Omnia qui vicit, vincet, quos cernitis, ignes
OVIDE

                                I

Ainsi, sans s'arrêter, lorsque le fils d'Alcmène,
Le Néméen farouche, Hercule au front d'airain,
A de l'est au couchant imprimé sur l'arène
L'orteil vaste et sanglant de son pied souverain ;

Quand il a douze fois, dans sa course intrépide,
Des coups de sa massue ébranlé l'univers,
Ceignant ses reins puissants de la dépouille humide
Du lion colossal qui fit fuir les enfers ;

Quand il a sous les cieux traîné, fier et sublime,
Tout un peuple hideux de monstres enchaînés,
A l'infâme supplice arrachant la victime,
Et vingt ans ébloui les hommes prosternés ;

Quand du marais fétide où l'hydre encor s'élance
Il affranchit les bords du monstre au dos squameux ;
Et qu'il s'arrête enfin où fuit le globe immense,
Aux piliers de granit laissant son nom fameux ;

Un centaure, jaloux de sa gloire immortelle,
Monstre haineux, portant son trait sûr dans le coeur,
En vomissant sa vie et sa honte éternelle,
De sa vile tunique entoure le vainqueur.

Dans son sang le héros sent circuler la flamme ;
Il sent croître en son sein un feu mystérieux ;
Et dans ce mal nouveau, dont s'indigne son âme,
Trop tard il reconnaît le centaure envieux.

Comme un taureau blessé, bondissant dans sa rage,
Il emplit de ses cris les échos de l'Oeta ;
Il implore les dieux ; et les flots du rivage
S'émeuvent sur la rive où son pas s'arrêta.

Pour rejeter au loin sa tunique fatale
Il fait de vains efforts ; sous sa main c'est sa chair
Qu'il déchire en lambeaux ; c'est l'enfer qui s'étale
Sur son corps tout sanglant, sur son front aux dieux cher.

Alors, les yeux hagards, dans la forêt voisine
Il s'élance, et son bras, plus redoutable encor,
Fait voler dans les airs, par-dessus la colline,
Les chênes monstrueux sous un suprême effort.

Mais bientôt il s'arrête... Et son front qui rayonne
Jette aux cieux étonnés un orgueilleux espoir ;
Étouffant dans son coeur la rage qui bouillonne,
Sur l'immense bûcher, tranquille, il va s'asseoir.

Il disparaît soudain sous la fumée épaisse ;
Sa massue est en cendre, et son corps est en feu;
Mais qu'importe, ô héros ! tu nages dans l'ivresse ;
Tu n'étais qu'un mortel, tu vas renaître dieu !



                              II

Ainsi quand le poëte au front qui s'illumine,
Longtemps dans sa splendeur a, sous son nimbe d'or,
Posant son pied puissant sur un monde en ruine,
Fait tressaillir les bois des échos de son cor ;

Quand son vers de granit taillé par le génie
Flamboie au front des cieux, à sa voix entr'ouverts ;
Quand de son luth d'airain la sublime harmonie,
Comme une lave ardente, embrase l'univers ;

Quand il a, relevant l'impure courtisane,
Replacé sur son front l'éclair de chasteté,
Et lancé dans les airs, comme l'aigle qui plane,
Un laquais qui rugit dans son austérité ;

Quand il a resplendi dans la nue enflammée,
Fixant ses yeux ardents sur un astre éclatant,
Et qu'il a repoussé, dans l'espace abîmée,
La terre, qui tremblait sous lui, nouveau Titan ;

Un bras jaloux le prend par les pieds et l'entraîne;
Et lui, le Prométhée étincelant des airs,
Rougissant de son sang l'immense et jaune arène,
Va se briser le front sur des rochers déserts !

Suant, toujours serein, ta sueur d'agonie,
Vide jusqu'à la fin ton calice de fiel,
O poëte ! Bientôt, avec tout ton génie,
Tu vas du sein des nuits t'élancer immortel !

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