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Seize ans

Léon DierxAspirations

Poète

Date de naissance:
31 mars 1838
Date du décès:
11 juin 1912

Poète Parnassien publié chez Lemerre, Léon Dierx est sacré Prince des Poètes en octobre 1898, à la mort de Mallarmé. Il est préféré à José-Maria de Hérédia. Il fait partie du groupe de poètes qui veilla le corps de Victor Hugo à l'Arc de Triomphe le 22 mai 1885. Un monument fut érigé à sa mémoire place des Batignolles.

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Léon DIERX

 

 

Mon oreille est encor pleine des airs dansants
Que les échos du Jour apportent à mes sens;
Je ferme en vain les yeux, je vois toujours la fête;
La valse aux bonds rêveurs tourne encor dans ma tête.
LAMARTINE



Qu'ai-je donc en mon coeur qui m'agite sans cesse ?
Quel tourment inconnu me dévore et m'oppresse,
Et soulève en mon sein ces soupirs si nombreux ?
Pourquoi ces pleurs, le soir, qui roulent de mes yeux
Et viennent sans raison me voiler la paupière,
Lorsque le roi des cieux, prêt à quitter la terre,
S'enveloppe de pourpre à l'horizon doré ?
Quel mal mystérieux de moi s'est emparé ?
Pourquoi depuis ce bal, pleine d'inquiétude,
Mon âme cherche-t-elle et fuit la solitude?
En vain je le combats, toujours son souvenir
Revient à ma pensée... Un tout autre avenir
Déroule vaguement à mon âme ravie
Les horizons plus beaux d'une nouvelle vie ;
Mais pour les distinguer je fais de vains efforts,
Comme un marin perdu, pour retrouver ses bords,
Dans la brume du ciel fixe un oeil immobile ;
Mais la brume est épaisse, et sa peine inutile !
Ce bal, qu'il était beau ! Comme ces mille feux,
Dans les glaces, partout, se mirant tout joyeux,
Me renvoyaient l'éclat de leurs tremblantes flammes!
Ces parfums enivrants, et ces fleurs... et ces femmes !...
Femme !... Qu'a donc ce mot pour me troubler ainsi ?
Femme !... Ce mot si doux et dont je suis ravi !
J'aime à le prononcer tout bas, lorsque personne
Ne m'écoute, et je sens tout mon coeur qui frisonne;
Dans chaque livre ouvert je le retrouve écrit,
Et sans cesse il revient riant à mon esprit.
Il me semble les voir, ces cinq lettres si chères,
Briller devant mes yeux en brûlants caractères;
Pour le former là bas, ce mot mystérieux,
Les étoiles, ce soir, s'assemblent dans les cieux ;
Et voilà qu'une voix, qui flotte dans l'espace,
Se jette dans la nuit à ce vent frais qui passe.
Que j'aimais à les voir, frissonnant de plaisir,
En cercle se former!.. Et comme le zéphyr
M'apportait les parfums qui flottaient autour d'elles !
Oh ! mon Dieu ! sous ces fleurs comme elles étaient belles
Comme leurs fronts si purs rayonnaient de bonheur !
Comme leurs doux regards m'entraient droit dans le coeur
Et me faisaient mourir de plaisir et de crainte!
Et le son de leurs voix, qui, doux comme une plainte,
Arrivait jusqu'à moi dans un souffle embaumé !...
Que n'aurais-je donné, dans cet air enflammé,
Pour être un seul instant un de ces jeunes hommes
Qui près d'elles causaient ! — Insensés que nous sommes ! —
Pour une heure d'audace et de témérité,
Pour oser secouer cette timidité
Qui me clouait au mur, oh ! dix ans de ma vie
Je les aurais donnés!... Hélas ! vaine folie !
Doux ombrages si chers, solitudes des bois,
Ruisseaux qui murmurez de vos plaintives voix,
O nature, ô forêts où rêve en paix mon âme,
Dites-moi, dites-moi, qu'est-ce donc que la femme ?

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