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La Vierge

Léon DierxPoèmes et Poésies

Poète

Date de naissance:
31 mars 1838
Date du décès:
11 juin 1912

Poète Parnassien publié chez Lemerre, Léon Dierx est sacré Prince des Poètes en octobre 1898, à la mort de Mallarmé. Il est préféré à José-Maria de Hérédia. Il fait partie du groupe de poètes qui veilla le corps de Victor Hugo à l'Arc de Triomphe le 22 mai 1885. Un monument fut érigé à sa mémoire place des Batignolles.

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Léon DIERX

 

 

Quand l'œil fit autrefois éclosion sur terre
Dans un frêle organisme encor rudimentaire ;
Quand le premier regard de l'atome vivant,
D'un seul coup jusqu'au fond du ciel vide arrivant,
Découvrit le soleil plus vite qu'il n'éclaire,
Et depuis lors gardant comme un feu similaire,
Énigme clairvoyante au bord d'un embryon,
Ébloui, se tourna vers la formation ;
Quand ce rayon qu'un souffle intérieur active,
Perçant l'énormité de la nuit primitive,
Se promena, reflet conscient, à travers
Le secret d'un aveugle et splendide univers ;
Ô pics échelonnés ! ô forêts monstrueuses !
Ô fleuves ! lacs ! vallons ! ô mers tumultueuses !
Formes qui sous l'éclat des couleurs palpitez !
Vous tous, œuvres des temps et des affinités,
Plaines en fleurs, déserts, plages ou promontoires,
Spectacles merveilleux ! Qui dans vos propres gloires,
Et transmués sans fin par un désir obscur,

Rouliez, tels que dans l'ombre opaque, sous l'azur !
Membres de la déesse unique et sans apôtre,
Avez-vous tressailli d'un hémisphère à l'autre ?
Ô nature ! Miracle à toi-même caché,
As-tu senti le bas de ton manteau touché
Par quelque avant-coureur d'un dieu qui va paraître,
À la fois ton amant, ton chantre et ton vrai maître ?
Et quand l'homme apparut, plein d'extase, emplissant
Avec ses yeux son âme et son crâne puissant,
Ô fille du mystère où le mystère émerge !
N'as-tu pas tout entière alors, sublime vierge !
Frémi profondément d'angoisse et de fierté,
Sentant tomber ton voile et briller ta beauté ?
Non ! L'éternelle horreur d'être sans but ni causes
Fait seule tes frissons dans tes métempsycoses !
Tes images, tes bruits, tes parfums, tes saveurs,
Tout cet enchantement de nos esprits rêveurs,
Production des sens, n'est qu'un songe qui passe,
Et qui mourra comme eux, emportant dans l'espace
Ou rendant à te sourds, noirs et muets travaux
La chimère des cœurs et l'effort des cerveaux !
Non ! Ton voile est tombé, tu restas l'insensible,
L'inerte fiancée, et la vierge invincible
Que le profanateur s'épuise à violer !
Non ! Non ! Tu resplendis, sans lui rien révéler
Que la stérilité de ta force infinie
Et le néant d'ouvrir même en toi son génie !

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