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XXI — Vox Populi

Auguste LacaussadePoèmes et Paysages

Poète

Date de naissance:
8 février 1815
Date du décès:
31 juillet 1897

Poète mulâtre et de ce fait interdit d'entrer au collège royal de l'Ile Bourbon ! "Je suis né, je mourrai parmi les révoltés" écrit-il. Le combat d'Auguste Lacaussade sera poétique. Secrétaire de Sainte-Beuve, il sera bibliothécaire au Sénat et directeur du journal républicain de Vannes La Concorde.

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Auguste LACAUSSADE

 

 

Puisque en tes jours bénis de gloire et de puissance,
Du pauvre jusqu’à toi franchissant la distance,
Tu l’aidas de sa croix à porter le fardeau ;
Et que, sourd aux instincts d’une opulence avare,
Toi, prince, tu couvris les membres de Lazare
       Des plis de ton royal manteau !

Puisque aux jours où cueillant les palmes de la guerre,
Étranger aux dédains de la tourbe vulgaire,
Tu compris que l’épée et la lyre sont sœurs,
Et qu’appelés tous deux à fonder ou détruire,
Le barde et le soldat, du peuple et de l’empire
       Sont les plus sacrés défenseurs !

Puisque tu l’as compris, ô jeune intelligence !
Puisque, abritant des arts la divine indigence,
Tu protégeas ceux-là que la Muse a sacrés ;
Que, s’ouvrant sur leur sort, noir de pluie et d’orage,
Ta royale faveur, arbre au fécond ombrage,
       Monta jusqu’aux fronts inspirés !

C’est à nous, fils du peuple, aux louanges opimes,
A nous, enfants des arts, déshérités sublimes,
A nous à qui tes bras se sont toujours ouverts,
De prier sur la pierre où tu dors sans couronne,
Et de faire à ta tombe, à notre tour, l’aumône
       Et de nos pleurs et de nos vers !

C’est à moi, luth en deuil, sur ces lointaines rives,
De répéter ton nom sur mes cordes plaintives,
D’effeuiller à tes pieds mes strophes et mes fleurs,
D’étoiler de mes vers ton linceul funéraire,
D’enrichir, à mon tour, ton urne cinéraire
       De l’humble obole de mes pleurs !

Va ! cette obole est pure, elle est sainte, elle est digne !
Pour ton cercueil absous c’est un triomphe insigne
Que ces larmes du fils du peuple au fils du roi !
Et tu vaincras l’oubli, toi qui peux - ô victoire! -
Nous dire à nous, rêveurs, du haut de ton histoire :
       « Fils de la Muse, chantez-moi ! »

Oui, nous te chanterons ! mais la tête levée,
Dans la calme attitude au juge réservée,
La lyre sur le cœur et les yeux sur le ciel,
Comme il sied à ceux-là de qui la bouche austère
N’a jamais aux tyrans, opprobre de la terre,
       Offert qu’un chant trempé de fiel !

Oui, je te chanterai ! car ta loyale épée
Dans le sang des partis ne s’est jamais trempée !
Car sur nos fiers drapeaux tu veillas à ton tour !
Car en ces temps de lutte, hélas ! et de colère,
Tu n’as voulu forger au lion populaire
       Qu’un joug fait de gloire et d’amour !

Oui, je te chanterai ! car tu fus doux et brave,
Car tes mains sur nos mains n’ont point rivé d’entrave,
Car, du peuple trahi désertant le drapeau,
Tu n’as jamais forcé sa bouche à te maudire !
Car, toi, tu n’as rien fait, rien qu’on ne puisse écrire
Sur le marbre de ton tombeau !

Aussi quand, t’arrêtant dans ta course incomplète,
La mort fit un cyprès du laurier de ta tête,
La foule, - voix qui loue ou qui flétrit toujours, -
Entourant d’un long deuil ta croix précoce et sombre,
Les genoux sur ta cendre, a béni ta jeune ombre,
       O toi qui fis bénir tes jours !


Île Bourbon, 1842.

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