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V — Le Pic du Salaze

Auguste LacaussadePoèmes et Paysages

Poète

Date de naissance:
8 février 1815
Date du décès:
31 juillet 1897

Poète mulâtre et de ce fait interdit d'entrer au collège royal de l'Ile Bourbon ! "Je suis né, je mourrai parmi les révoltés" écrit-il. Le combat d'Auguste Lacaussade sera poétique. Secrétaire de Sainte-Beuve, il sera bibliothécaire au Sénat et directeur du journal républicain de Vannes La Concorde.

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Auguste LACAUSSADE

 

 

Le Salaze a vu les orages,
Cent fois, d’un vol impétueux,
S’abattre du sein des nuages
Sur son sommet majestueux.
Que lui fait leur rage inutile !
Le piton géant de notre île
Bravait de sa crête immobile
Le cyclone aux bonds furieux :
Des autans vainqueur centenaire,
Il voyait passer leur colère,
Ses pieds sûrs toujours dans la terre,
Sa tête toujours dans les cieux !

Et quand la brise, et tiède et pure,
Succédait aux vents irrités,
Il voyait flotter la verdure
Des monts qu’il avait abrités.
L’arbuste à la feuille éphémère,
L’arbre à la tige séculaire,
De leur mobile et frais mystère
Voilaient les rochers ombragés ;
Et l’onde de ses larges veines,
Tombant en cascades hautaines,
Allait abreuver par les plaines
Les champs qu’il avait protégés.

Pour ce sommet sans chevelure,
Pour ce front haut et sans cimier
Point de panache de verdure,
Jamais de gracieux palmier.
Mais qu’importe, ô piton sublime !
Tes pieds dépassent toute cime ;
De l’éther emplissant l’abîme,
Ton ombre au loin couvre les mers !
Ta masse résiste aux orages,
Et des monts à qui tu surnages,
Nul ne porte au sein des nuages
Plus haut la tête dans les airs !

Que t’importe aussi qu’on t’oublie,
Homme loyal au cœur altier ?
Qu’importe à ta tête blanchie
De vieillir chauve de laurier ?
N’abrites-tu pas de ton ombre
La meute au regard louche et sombre,
L’engeance aux rejetons sans nombre
De l’Envie aux venins mortels ?
Des élus tu portes le signe ;
Mais tu le sais, - justice insigne ! -
Ce n’est jamais qu’au plus indigne
Que l’homme élève des autels !

Aussi, paisible et grave, austère intelligence,
Tu ne t’en émeus pas en ta haute indulgence.
Tu sais que l’homme oublie ; et, calme et satisfait,
Ton cœur dans le passé voit le bien qu’il a fait.
Goûtant au sein des bois et de la solitude
De tes devoirs remplis la mâle quiétude,
Ta conscience heureuse aux stoïques vertus
Se repose des jours mauvais et révolus...
Après avoir donné ses parfums à la plaine,
Ainsi la fleur s’endort dans sa dernière haleine.

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