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Quatrième Salazienne. La Nacelle

Auguste LacaussadeLes Salaziennes

Poète

Date de naissance:
8 février 1815
Date du décès:
31 juillet 1897

Poète mulâtre et de ce fait interdit d'entrer au collège royal de l'Ile Bourbon ! "Je suis né, je mourrai parmi les révoltés" écrit-il. Le combat d'Auguste Lacaussade sera poétique. Secrétaire de Sainte-Beuve, il sera bibliothécaire au Sénat et directeur du journal républicain de Vannes La Concorde.

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Auguste LACAUSSADE

 

 

Glissant sous sa voilure blanche,
Comme un cygne qui fend les airs,
Mon esquif léger qui se penche,
Ride l’azur mouvant des mers.

Sa voile s'élève et s'abaisse
Au souffle naissant des zéphirs
Comme un sein ému qui s'affaisse
Sous de voluptueux soupirs.

Que j'aime à regarder cette onde
Qui passe auprès de mon bateau,
À voir dans la vague profonde
Mon image courir sur l'eau !

De l'onde ou du vent qui soupire
Sentant le souffle inspirateur,
J'écoute alors chanter ma lyre
Qui prélude ainsi sur mon cœur :

« Peut-être une beauté rêveuse
« De son regard doux et pensif,
« Suit dans sa course aventureuse
« Mon rapide et fragile esquif.

« Peut-être elle croit du rivage
« Découvrir un oiseau des mers,
« Qui mollement se berce et nage
« Sur le roulis des flots amers.

« Mais cet oiseau, c’est ma nacelle
« A moi, pauvre et jeune orphelin,
« Qui n'ai que l'ombre de son aile
« Pour abriter mon front chagrin.

« Veux-tu beauté douce et pensive,
« Partager mon léger bateau,
« Et dans ma barque fugitive,
« Avec moi demeurer sur l'eau !

« Je t'aimerai dans le délire
« De ma jeune et pudique ardeur,
« Comme aime l'amoureux zéphir
« Le sein parfumé de la fleur.

« Je t'aimerai comme la rive
« Aime le flot, qui sur ses bords
« Murmure d'une voix plaintive
« De mélancoliques accords.

« Pour toi, d'un amour sans mélanges
« Exhalant les chastes douceurs,
« Je t'aimerai, comme les anges
« Au ciel doivent aimer leurs sœurs.

« Je prierai la vague calmée,
« De nous bercer plus mollement,
« Quand ton front, ô ma bien-aimée,
« Reposera sur ton amant.

« Je prierai la brise marine,
« Quand l'ombre succède au soleil,
« D'effleurer ta tête enfantine
« Et de caresser ton sommeil.

« Et lorsque l'astre du mystère
« Sur nous versera ses rayons
« Dans notre barque solitaire,
« Comme deux jeunes alcyons,

« Nous dormirons en paix sur l'onde ;
« Ou muets d'amour tous les deux,
« Dans notre course vagabonde,
« Nous rêverons sur les flots bleus.

« Et bercés au branle des lames,
« Comme les anges dans les cieux
« Doucement nous fondrons nos âmes
« Dans nos baisers silencieux.

« Oh! viens, beauté douce et rêveuse
« Partager mon léger bateau,
« Viens, dans ma barque aventureuse,
« Avec moi demeurer sur l'eau ! »

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