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Deuxième Salazienne. À Victor Hugo

Auguste LacaussadeLes Salaziennes

Poète

Date de naissance:
8 février 1815
Date du décès:
31 juillet 1897

Poète mulâtre et de ce fait interdit d'entrer au collège royal de l'Ile Bourbon ! "Je suis né, je mourrai parmi les révoltés" écrit-il. Le combat d'Auguste Lacaussade sera poétique. Secrétaire de Sainte-Beuve, il sera bibliothécaire au Sénat et directeur du journal républicain de Vannes La Concorde.

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Auguste LACAUSSADE

 

 

Yet there are souls, proud Bard, who feel thee not,
Bounded and blind with but a single thought ;
Who'd tear the laurels from thine honoured brow,
And force us grovelling to their gods to bow;
Proudly thou answer'st in yet nobler strain
And shak'st the vermin from thy regal mane.
Thy fame hath been the theme of loftiest lyres,
In their rich sweil my feeble song expires,
Yet spurn not, laurelled head, the wreath I twine
Though all unworthy this poor lay of mine!
More than the rich man's gifts the orphan's mite
Found larger favour in the Man-God's sight.
I yet am young, and years may give me strength
To reach the grandeur of my aim at length;
Then will I tell thee all l've felt and feel
And all my bosom's gratitude reveal.

 
I

Et l'invincible fils d'Alcmène,
Poursuivant ses faits glorieux,
Révélait sous sa forme humaine
Le descendant du roi des cieux.
De sa prunelle ardente et fière
Mesurant la vaste carrière
Que le ciel réserve à ses jours,
Il s'élance au sein des tempêtes,
Et, partout semant les défaites ,
Héros altéré de conquêtes,
Il terrasse.... et marche toujours!
D'un siècle d'erreur et de crime
S'éveillant à la vérité,
Le monde à son vengeur sublime
Adresse un chant de liberté,
Mais lui, déifiant sa gloire,
Par une dernière victoire,
Il veut couronner ses travaux ;
Il déracine un mont antique
Sépare l'Europe et l'Afrique;
Et la mer et l'onde Atlantique
A sa voix ont uni leurs eaux.
Et l'homme sur ces mers nouvelles
Domptant les flots impétueux,
De ses vaisseaux aux larges ailes
Guide l'essor vers d’autres cieux
Hardi cocher, amant des ondes,
Labourant les vagues profondes,
Il apercoit au sein des airs
Ces monts, à la crête sauvage,
Qui , se dressant sur le rivage,
D'Hercule attestent le passage,
Et du front dominent les mers !


II

Ainsi, poète armé du sceptre de la lyre,
Eveillant dans les cœurs un sublime délire,
Tu suis le noble cours de tes vastes travaux
Et déroule à nos yeux des horizons nouveaux.
Aux accents de la Grèce et des lyres antiques,
Mariant les accords des harpes romantiques,
Comme Hercule unissant les ondes des deux mers,
Ta voix inattendue éclata dans les airs!
Et la terre entendit la puissante parole !
Les lyres de la jeune et de la vieille école,
Vibrant à l'unisson, comme deux chastes sœurs,
De leurs chants ont mêlé les célestes douceurs.


III

Tombez ! écroulez-vous, impuissante barrière !
Un nouveau dieu nous ouvre une immense carrière !
Ebranlant vos rochers sur leurs bases d'airain,
O monts, qui dans les cieux osiez lever la face,
Sa main s'étend sur vous et sa main vous efface !
Et des mers un moment agitant la surface,
Vos débris vont paver leur parvis sous-marin !
De la Grèce aux vagues tranquilles,
Aux bords riants, aux vertes îles,
Abandonnez les flots dociles,
Nautonniers au cœur courageux !
Quittez ces légères nacelles
Qui sur des eaux calmes et belles
Glissent comme des hirondelles,
Sans crainte d'un ciel nuageux ;
Cinglez vers de lointaines plages
Et pour atteindre à ces rivages
Allez affronter les ravages
De l'empire aux flots orageux!
Ce n'est pas cette mer qu'un ciel limpide azure,
Et qui roule en chantant son onde bleue et pure
Des murs de Gibraltar aux bords de l'Hellespont;
C'est la mer formidable, amante des naufrages,
Qui fiança sa vague à l'esprit des orages,
Et qui n'ouvre ses flancs qu'aux bouillonnants sillages
Du vaisseau colossal qui porte un triple pont.
Armez-vous donc pour la tempête!
Tentez une auguste conquête,
Et que votre vaisseau s'apprête
A braver le courroux des airs.
Maîtrisez l'océan farouche!
Allez où le soleil se couche
Fouler la pourpre de sa couche,
Et marcher sur le dos des mers!
Que rien n'arrête vos courages
L'astre est derrière les nuages
L'azur au-dessus des orages,
La perle au fond des flots amers !
Partez! devant vos pas marche une blanche étoile;
De ces climats lointains qu'un autre ciel étoile
Vous reviendrez vainqueurs des glorieux revers;
Superbes, triomphant de la vague atlantique,
Et riches des splendeurs d'un ciel plus poétique,
Vous verserez aux pieds de notre monde antique
Les trésors inconnus d'un nouvel univers !


IV

Et tu pars, et ta muse a déployé ses ailes
Vers des cieux inconnus et des plages nouvelles;
Et dans l'obscurité des lieux inexplorés
A plongé le regard de ses yeux inspirés.
Au-delà du courroux de la vague profonde
Comme un autre Colomb tu vas chercher un monde.
Tu jettes tes dédains à la fureur des vents.
Tu marches sans pâlir sur les gouffres mouvants.
Devant le sombre dieu qui commande à l'orage,
Tu ne sens pas trembler ni faillir ton courage;
Mais des flots à tes pieds écoutant les rumeurs,
Tu mêles ta voix forte à leurs fortes clameurs.
Et la mer, te lançant jusqu'au sein des nuages,
Te voit calme et serein défier ses ravages;
Et l'oeil toujours fixé sur un pôle inconnu,
Aux éclairs, à la foudre, opposant ton front nu,
À travers les brouillards qui couvrent ton mystère,
Vers l'horizon brumeux qui te cache à la terre,
Tu t'avances sublime, auguste et solitaire !

V

Variant tes concerts et tes hymnes sacrés,
De l'échelle des tons parcourant les degrés,
Parfois tendre et plaintif, parfois pâle et sévère,
Soupirant comme une âme ou l'ombre d'un trouvère,
Dans la brume et la nuit, aux pieds de quelque tour,
Tu dis aux vents des soirs tes ballades d'amour.
Tantôt à notre sol ne pouvant te résoudre,
T'élancant dans les airs sur l'aile de la foudre,
Tu fais vibrer sur nous ta harpe aux cordes d'or;
Et, des saintes hauteurs d'un lumineux essor,
En prophète inspiré tu parles à la terre
Avec l'accent de l'ode et la voix du tonnerre!
Tantôt d'un ton moins fier ton luth flexible et pur,
Disant les beaux climats et les pays d'azur
Où l'aurore sourit aux splendeurs qu'elle étale,
Ton vers en réfléchit la grâce orientale;
Et l'aube, t'arrosant de ses douces chaleurs,
Semble t'avoir prêté ses plus riches couleurs.
À l'ombre des palmiers de l'indolente Asie,
Poète, une rêveuse et blonde Poésie,
Des fraîches voluptés t'inspirant les langueurs,
T'apprit à les chanter dans la langue des fleurs;
Et tes lèvres ont bu sur ses lèvres arabes
Le secret enivrant de tes molles syllabes.

VI

Mais ton monde est trouvé ! Riche d'un univers,
Tu nous reviens aussi du sein des vastes mers.
L'Océan étonné célébra ta victoire.
Ta gloire est désormais la sœur de toute gloire!
Près des fronts les plus hauts levant un front rival,
Des mortels les plus fiers tu marcheras l'égal!
De l'espace frayant les routes inconnues,
Quel aigle plus avant a plongé dans les nues,
Et, mesurant les cieux de son regard vermeil,
A balancé son vol aussi près du soleil?
L’ombre du grand Homère et le tendre Virgile
Des champs élyséens ont déserté l'asile,
Pour écouter ta voix, mélange harmonieux,
Écho doux et lointain de la harpe des cieux.
Ils se sont enivrés aux parfums poétiques
Que ta muse apporta des rives exotiques,
Comme une abeille errante, et qui puisa son miel
Dans le sein étranger des fleurs d'un autre ciel.

VII

O maîtres de la lyre, ô rois par le génie,
Des rives de la Grèce aux bords de l'Ausonie
Vous roulez dans les cieux vos orbes éclatants ;
Et, des siècles ravis partageant les hommages,
Vous sortez rayonnants des ténèbres des âges
Et brillez sur la nuit et les ombres des temps !
Sous ces climats qu'arrose une amoureuse flamme,
Que de rêves dorés sont éclos de votre âme,
O bardes créateurs des héros et des dieux !
Le ciel vous avait faits pour étonner la terre ;
Et, régnant dans l'azur d’un passé solitaire,
Vos astres fraternels s'admirent radieux!
D’ambitieux rivaux, qu'un noble orgueil anime,
De vos voix imitant l'accent grave et sublime,
Ont couronné leurs fronts d'un éclat emprunté ;
Mais leurs orbes, brillant de feux doux et timides
Sont un pâle reflet de ces astres splendides,
Rois des siècles futurs et de l’antiquité !

VIII

Mais toi, tournant tes pas vers des routes contraires,
Tu n’as pas imité ces rivaux téméraires ;
Aussi, plein de respect pour tes maîtres aimés,
Sans puiser dans les feux par leur gloire allumés
L'éclat dont resplendit ton royal diadème;
Tu dois tout à toi seul et brilles de toi-même.
T'éloignant du sentier par un autre frayé,
Tu marches vers ton but sur ta force appuyé ;
Et sans aide et sans guide autre que ton génie,
Secondant tes efforts d'une mâle harmonie,
Tu fais dans l'avenir monter ton monument !
Et tandis qu'à tes pieds, d'un vain bourdonnement,
Ces mortels envieux que ta force intimide,
Blament de tes labeurs la vaste pyramide
Dédaignant de t'astreindre à leur étroit compas,
Toi, tu poursuis ton œuvre et ne les entends pas !


IX

Oui! qu'elle pleure ou qu'elle chante,
Ta muse aux accords immortels
Ravit, captive, entraîne, enchante
Et maîtrise tous les mortels!
Avec l'automne qui soupire,
Si ton sein faiblement respire,
Si ta voix mollement expire,
Nous sentons s'attendrir, nos cœurs;
Mais du trône de ton génie
Si tu flétris la tyrannie,
Pleins de ta puissante harmonie,
Nous nous sentons grandir à tes accents vainqueurs!
Du feu céleste qui t’embrase
Allumant en nous les ardeurs,
Des cieux où t'a ravi l'extase,
Sur nous tu verses les splendeurs.
Le théâtre à ta voix s'anime!
Et d'une clameur unanime
Saluant ton nom magnanime,
La foule applaudit à son roi 1
Et, si du haut de ta carrière,
Roulant dans un char de lumière,
Tu portes les yeux sur la terre,
Tu vois les fronts humains s'incliner devant toi !
Sur l'arc à l'arche colossale,
Sur le granit et sur l'airain,
Sur la colonne triomphale
Se lira ton nom souverain!
Comme eux tu vivras d'âge en âge;
Car tu laissas sur leur visage,
Comme la foudre à son passage,
Un impérissable sillon!
Du temple aux gothiques tourelles,
Les tours hautes et solennelles
Sont les colonnes éternelles
Où le doigt de la gloire a buriné ton nom.
Triomphe donc de ta victoire 1
Du monument par toi chanté
Tu dois, admiré dans l'histoire,
Partager l'immortalité!
L'envie à tes pieds se déchaîne;
Mais que t’importe de sa haine
La clameur impuissante et vaine?
Pardonne à ces jaloux pervers
Clos ton oreille à leur démence,
Et n'écoute dans ta clémence
Que l'acclamation immense
Que ta présence éveille au sein de l’univers !


X

Ou, semblable au vainqueur du lion de Némée,
Souris avec dédain à ce peuple pygmée!
Pour ce troupeau rampant de serviles esprits
Qui se gorgent de fiel, de honte et de mépris,
Tes dédains mérités sont un juste salaire !
Ne les fais pas monter jusques à ta colère!
Lâches, lorsqu'un talent se révèle à vos yeux,
Vous bâillonnez sa voix! votre esprit envieux,
Semant sur ses sentiers et le blâme et le piège,
Dans sa fureur constante incessamment l'assiége!
Si, porté par les vents, quelque nuage obscur
De son ciel matinal vient dérober l'azur,
Votre voix, insultant à son jeune courage,
Dans ses lâches transports hurle d'aise et l'outrage!
Si son rayon vous luit, prompts à calomnier
Vous fermez la paupière afin de le nier!
Du flot de ses clartés en vain il vous inonde !
Vous vautrant dans la nuit de votre ombre profonde,
Reptiles! sur ses pas vous acharnant toujours,
Vous mentez au soleil et blasphémez le jour!
Mais l'homme simple et juste, au cœur pur et candide,
Ne ferme pas les yeux devant l'astre splendide;
Quand il le voit, sortant du sein des flots amers,
De ses vastes rayons illuminer les airs,
Et, s'emparant des cieux sur un char de victoire,
Monter, roi sans rival, au trône de sa gloire;
Il contemple ébloui cet orbe radieux
Qui féconde la terre et plane dans les cieux;
Et sentant sous ses feux s’animer la matière,
Et voyant ses bienfaits sur la nature entière,
Noyé dans les splendeurs de l’astre au front vermeil,
Il ne reproche pas ses taches au soleil !

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