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GARROS Roland (1888-1918)

GARROS Roland (1888-1918)

Aviateur

Date de naissance:
6 octobre 1888
Date du décès:
5 octobre 1918

Pionnier de l'aviation française, détenteur des records mondiaux de vitesse et d'altitude, sa virtuosité était telle qu'il "se poserait sur des œufs sans les casser". Quand éclate la guerre de 1914, Garros constate avec amertume qu'il n'est pas appelé, n'étant pas "Français métropolitain". Il s'engage. Ses combats passionneront le monde entier. Capturé après une chute, emprisonné, il s'évade après trois ans pour reprendre les airs. Le lieutenant Roland Garros, qui avait mis au point le tir à travers l'hélice, va tomber à Saint-Morel, la veille de son trentième anniversaire.

Roland GARROS

 

La famille de Roland Garros

Gilberte & Clara Garros - La soeur et la mère de Roland Garros


1860 : Jean Adrien Garros, originaire de Toulouse, arrive à La Réunion comme administrateur des propriétés de Monsieur de Villèle. Dans sa ville natale, il avait suivi les cours de l'Ecole des Beaux Arts.

Dès son arrivée dans l'île, il s'installe à Sainte-Suzanne et se marie avec Joséphine Désirée Piveteau, née à Saint-Benoît en 1834.

Trois garçons : Adrien, Antoine-Georges et Paul naissent de leur ménage.

Après de brillantes études, Antoine-Georges se rend cé­lèbre à Saint-Denis, d'abord comme avocat au barreau puis comme sportif.  On prétend qu'il n'hésitait pas, au nom de l'honneur, à se battre en duel. L'épée était son arme favorite. Bretteur de première, il eut à Saint-Denis deux duels de grand style, l'un avec le journaliste et éditeur Gaston Lahup­pe, l'autre avec le chef de bataillon Dufaure.

En 1886, il épouse à Saint-Denis, Mademoiselle Clara Faure, native de Saint-Paul. Le couple aura deux enfants: Gilberte et Roland.

Jusqu'en 1892, date de son départ pour l'Indochine, Georges Garros fut conseiller de Sainte-Suzanne.

Une jeunesse exemplaire

Garros roland enfantLe garçon est né le 6 octobre 1888 à Saint-Denis au n°17, Rue de l'Arsenal (Rue Roland Garros).

1892 : Toute la famille quitte La Réunion pour l'Ex­trême-Orient.

Roland Garros est alors âgé de 4 ans. Sa famille se fixe à Saïgon. Son père, grand voyageur, l'emmène lors de ses déplacements. Ainsi il visite dès son plus jeune âge, l'Inde, la Birmanie ...
Au contact de la civilisation orientale, il acquiert le sens des hiérarchies, de l'honneur, et de la discrétion ... A neuf ans, il parle aussi bien l'annamite que le français.
A onze ans, son père l'envoie seul en métropole.

1900 : Au mois d'avril, il arrive à Paris et suit les cours au Collège Stanislas. Le climat brumeux et froid affecte rapide­ment sa santé. Une pneumonie double l'affaiblit. Il quitte donc Paris pour la côte d'Azur.

Pour surmonter sa faiblesse physique il s'adonne au sport. Il crée la première équipe scolaire de football du Lycée de Nice. Capitaine, il mène son groupe à la victoire au championnat interscolaire. Il fait aussi du cyclisme et devient en 1906 champion de France des lycées et collèges. Il s'essaie dans diverses disciplines: course, saut, corde lisse, rugby, haltères.

Il découvre en Angleterre les joies du Tennis.

Garros roland-photo

Cependant, il ne néglige nullement les activités intellectuelles et ne cesse de s'instruire. Il apprend l'italien et l'anglais, la musique, mais aussi la mécanique.

Sitôt guéri, il quitte le Sud de la France et remonte à Paris où il passe ses baccalauréats de lettres et de droit. Il subit avec succès les examens des Hautes Etudes Commerciales.
Le goût du risque et de l'aventure le porte bientôt vers ce qui sera sa passion : l'aviation.


1908  : Le 1er septembre, il est engagé par la firme les "AUTO­MOBILES GREGOIRES".

1909 : Le père de son ami Jacques Quellennec lui avance les fonds nécessaires qui lui permettent de s'installer à son compte en ouvrant un magasin, 6, avenue de la Grande Armée .
Il s'enthousiasme pour les expériences de vol de Wilbur Wright, des frères Voisins, de Santos-Dumont , de Louis Blé­riot (traversée de la Manche) .
C'est au meeting aéronau­tique de Reims, du 22 au 29 août, qu'il prend la décision de devenir aviateur. Avec Jacques Quellennec, il est sur les lieux du spectacle.

Les vainqueurs des grands prix sont respectivement  :

  • Pour le Grand Prix de Champagne (distance sans ravitaillement): Henri Farman avec 180 kilomètres (record du monde).
  • Pour le Prix du  tour de piste  (vitesse sur 10 kilomètres): Louis Blériot:  avec  7'47".
  • Pour le Prix d'altitude: Hubert Latham avec 155 mètres (record du monde) .

 

Roland Garros et l'aviation

1910 : Avec ses économies, Roland Garros s'achète une "Demoi­selle" au prix de 7500 F. C'est un petit appareil conçu par Santos­ Dumont, fabriqué et vendu par Clément-Bayard avec lequel Roland Garros apprend à piloter seul, aucune école n'existant alors. Les pre­mières tentatives de vol ne sont pas des succès : A Issy les Mouli­neaux, il tente une première expérience et percute un biplan qui atter­rit. Par chance, l'autre pilote Maurice-Clément, est justement le constructeur de la "Demoiselle" qui reconnait ses torts. Très rapide­ment il aura un autre appareil.

Le 19 juillet, il obtient son brevet de pilote à l'Aéro-Club de France. Sa voie est désormais tracée. Une phrase de lui écrite à cette époque témoigne de sa vision prophétique de l'aviation:

L'aviation n'est pas seulement un sport, elle est la fortune du pays qui la pratique le mieux, son orgueil et son arme la plus efficace pour le jour où une guerre éclaterait


Sans meme attendre la délivrance de son brevet, il signe son premier contrat d'exhibition avec les Comité des fêtes de Cholet. Après une tournée à travers la France il se rend en Amérique où il se produit en compagnie de quelques casse-cou dans une série de manifestation aériennes qui attirent les foules.

 

Garros Roland Demoiselle medium

stele roland garros   demoiselle 03


On le retrouve dans de nombreuses démonstrations aux Etats-Unis, au Mexique et à Cuba. Beaucoup d'incidents surviennent mais le jeune aviateur est un mécanicien et un pilote remarquable. Entouré d'hommes exceptionnels tels que John Moisant, René Simon, Edmond Audemars, René Barrier...une équipe de casse-cou de la "MOISANT'S INTERNATIONAL LTD" (vaste entreprise d'aviation New-yorkaise), il ne cesse de se perfectionner. A chaque tournée, les téméraires "donnent la main à la mort".
Le 31 décembre John Moisant se tue à la Nouvelle Orléans... Mais les démonstrations continuent.

Les risques, en effet, sont réels. A preuve cette information parue dans le journal américain "The Times Dispatch" :


L'aviateur français Roland Garros faisait un vol d'altitude au-dessus du lac Pontchartrain, lorsque son carburateur gela et ses lunettes furent couvertes de givre au point qu'il ne pouvait rien voir. Il descendit dans ces conditions épouvantables d'une hauteur de plus de 2.000 mètres. La mort était inévitable lorsque, par bonheur, en approchant la terre, le carburateur dégela et le moteur put fonctionner à nouveau.


L'équipe se rend ensuite à Mexico. L'expérience est nouvelle: le champ d'aviation est à 2.200 mètres d'altitude. On attend aussi les aviateurs à Cuba. A la Havane leur participation à un meeting est payée en pièces d'or. Et c'est le retour en France.

 

Garros roland mexique medium

Toujours plus haut et plus loin

1911 : Le 21 mai, Garros est de retour à Paris. Il va participer aux premières grandes compétitions aéronautiques. De son expérience américaine Garros a rapporté des méthodes, un style nouveau, si bien qu'à certaines évolutions on reconnaît à coup sûr "l'agent de la Grégoire". A présent il a du métier.

Il lui est donc facile de s'engager chez Blériot pour la course Paris-Madrid de 1911. Hélas ! la malchance est au rendez-vous. L'appareil termine sa carrière au fond d'un ravin des Pyrénées, et Garros termine son odyssée à pied.

Garros roland paris-madrid 1911



Paris-Rome la même année. Il finit second, humilié, révolté contre l'injustice du sort. Dans la foulée il participe au Circuit Européen. L'épreuve comporte la traversée de la Manche de Calais à Londres. Onze aviateurs partent ainsi à la conquête de la vieille Angleterre. Le retour à lieu le lendemain. Le 19 juin, il prend part ainsi le départ et bien que son avion soit quelque peu fragile, il termine aux places d'honneur. Mais il est toujours second ! "l'éternel second" écrivent les journa­listes. Aussi décide-t-il de s'attaquer au record de hauteur. Le 6 septembre à Dinard, près de Cancale, Roland Garros bat, avec 3910 mètres, le record de hauteur sur Blériot 50 HP.

Fin septembre, il participe à un meeting à Marseille où pour la première fois son père le voit voler.

Le 2 décembre, il repart avec Audemars, Barrier, Voisin pour l'Amérique du Sud. De nouvelles tournées de démonstrations au Brésil et en Argenti­ne le font connaître davantage. Sa témérité, et son adresse forcent l'admiration de tous. Il profite de ses sorties pour faire les premières prises de vues aériennes de l'histoire de la photographie au moyen d'un... vérascope. Pour ce faire il est obligé de lâcher le "volant" pour manipuler la boîte dont les plaques stéréoscopiques enregistrent le prodigieux spectacle que personne avant lui n'avait encore pu fixer vu d'en haut.

Le 16 juin 1912, il est de retour en France.

En juillet, il s'aligne au départ du "circuit d'Anjou" avec des grands pilotes comme Védrines, Vidart, Prévost, Légagneux, Helen, Espanet, Bielocuvic, Brindejonc des Moulinais, Bedel... De très mauvaises conditions climatiques obligent les concurrents à renon­cer à la course. Roland Garros prend seul le départ et rejoint la ligne d'arrivée avec son modeste "Blériot". Il remporte ainsi le Grand Prix de l'Aéro-Club de France et prouve que l'on peut voler même avec des données météorologiques défavorables. A l'issue de ce succès Garros lègue son Blériot 80 HP à l'armée. Pour les journalistes, il devient le "champion des champions".

L'aviation militaire... de plus en plus il y songe. Au meeting international de Vienne une épreuve nouvelle est inscrite au programme : les jeux de bombardement. L'épreuve consiste à lancer d'une hauteur de 200 mètres, dans une cible de 15 mètres tracée sur le soL
d'innocents petits sacs de farine munis d'empennage. C'est très amusant et cela donne des idées ... Des idées, certes l'aviateur en a :

Quand un appareil casse à l'atterrissage, suggérait-il à Léon Morane. il faut l'alléger jusqu'à ce qu'il atterrisse bien, et non l'alourdir jusqu'à ce qu'il ne casse plus. Voyez les fines pattes des oiseaux qui savent voler et les gros membres des oiseaux de basse-cour. Quels sont ceux qui cassent ? L'excès de puissance est la première des qualités de vol et les qualités de vol sont les seules qui comptent.


Le 6 septembre à Houlgate, avec 5000 mètres il reprend le record de hauteur en battant le lieutenant Blashke (4250 m) sur Morane-Saulnier. Mais quelques jours plus tard, Legagneux s'élève à 5400 mètres .

Le 11 décembre à Tunis, après trois essais, il bat de nouveau  le record de hauteur avec 5610 mètres .

Du 18 au 22 décembre, notre pilote relie Tunis à Rome. C'est un parcours de 1200 km, dont 600 au-dessus de la mer:

 

  • Le 18 décembre, il vole de Turin à Trapani en Sicile : 285 km.
  • Le 21, il va de Trapani à Santa-Eufemia: 415 km.
  • Le 22, il va de Santa-Eufemia à Rome: 500 km.

 

L'exploit sur la Méditerranée

1913 : Au mois de mai, il reçoit le prix de l'Académie des Sports.

Garros-Med-carteAu  mois de juillet,  Garros n'a encore aucun  contrat  sérieux. Pour sortir de cette inactivité, il décide de participer à un circuit européen.
Le 23 septembre, juste avant les grands meetings de Reims et de Come, il se lance dans une grande aventure qui lui tient à coeur : La traversée de la Méditerranée.

Aucune hésitation ! Ce fut simple, comme il l'avait imaginé, un adieu bref, puis le mot habituel prononcé par une voix traînarde : "contact". Au premier coup d'hélice le moteur se met à tourner souple et régulier puis c'est le décollage aux commandes d'un "Morane­ Saulnier", monoplan de 60 chevaux, sans flotteur, mais avec une chambre à air en guise de bouée de sauvetage. Il quitte Fréjus avec 250 litres d'essence à 6 heures du matin.

Le voyage est monotone, quand un éclatement sinistre de métal brisé ébranle tout l'appareil. Quelle anxiété dans les minutes qui suivent ! Mais l'angoisse s'atténue vite et le voyage continue sans autre incident. Bientôt, la côte d'Afrique apparaît. Notre aviateur se pose à Bizerte (Tunisie) après 7 h 53 mn de vol.
Il a parcouru 730 km. A l'arrivée, il lui restait à peine 5 litres de carburant...  Il a réussi !

Dès l'atterrissage, Garros n'hésite pas à nous donner ses premières impressions :

J'atterris sur le champ de manœuvre où personne ne m'attendait. Au milieu du terrain, sous le soleil ardent, je me trouvais seul, dans le silence, l'immobilité, la paix. Cet instant de recueillement ... comme il terminait bien les heures que je venais de vivre !


Aussitôt il adresse un télégramme à Paris :

Bizerte, 23 septembre- Vélauto Paris. J'arrive à Bizerte avec 5 litres d'essence après huit heures de vol, ajoutez un vent défavorable. Le voyage s'est accompli à une altitude de 2.500 mètres.


Lorsque les techniciens de l'Arsenal examinent le moteur ils découvrent qu'à la tête d'un cylindre il manque un ressort de rappel et son support. Un axe de culbuteur s'était fendu en long, une moitié de la pièce avait sauté, l'autre s'était coincée à sa place. L'avion n'aurait pas tenu l'air cinq minutes de plus... Le surlendemain, après réparation, la machine est embarquée sur un cargo en partance pour Marseille et Garros rentre en France.

 
Garros roland bizerte

Le monde entier salue les exploits de ce jeune pilote français de 25 ans. Il reçoit l'hommage de du Président Poincaré qui lui décerne la légion d'Honneur.

 
Garros roland commemoration
En 2013, année mondiale de Roland Garros, de nombreuses manisfestations sont organisées et la Direction Générale de l'Aviation Civile nous permet de redécouvrir cet exploit au travers d'un dossier complet que vous pouvez consulter en cliquant ici.

Garros roland-film

La DGAC avec le concours de la Mission Mémoire de l'Aviation Civile a présente également une production Atalante Films sur notre héros et ses exploits que vous pouvez visionner direcetement en cliquant ici !

1914 : Au mois d'avril, il remporte le rallye de Monaco. Il termine second au parcours Londres-Paris-Londres. Mais la guerre éclate et avec elle se terminent les compétitions aéronautiques.

La Guerre 1914-1918


En France, ni le Parlement, ni les ministres ne croient guère à l'aviation militaire. Déjà, le 31 mars 1910, le docteur Emile Raymond, s'irritant contre l'indifférence des pouvoirs publics, interpellait le Sénat et dénonçait l'activité allemande avec ses huit dirigeables. Le comte Zeppelin expliquait alors :

Nos ballons ne sont pas seulement des instruments d'exploration. Ce sont avant tout des engins de destruction.

 

Notre avance en matière aviation est ouvertement exploitée par l'Allemagne qui envoie chez nous ses officiers avec mission d'acheter des machines et d'apprendre à les monter. Le docteur Raymond s'insurge contre l'ingratitude des pouvoirs publics qui attendent les catastrophes pour récompenser les survivants faute de pouvoir récompenser les morts .

Et comme pour lui donner raison, tout à coup l'Europe s'embrase. C'est la guerre. Des affiches annoncent la mobilisation générale. Roland Garros, lui, n'est pas appelé sous les armes comme les autres Français, et il en apprend bientôt la raison : il est Réunionnais. Et les Réunionnais ne doivent pas le service militaire. Bon sang! est-il français oui ou non ?

Oui. mais ... C'est un colonial... Alors Roland s'engage, humilié de l'injuste distinguo qui le classe en une sous-catégorie de citoyens au rabais. Mais quinze jours auparavant, ,à la tribune du Sénat un ministre déclarait encore :

Je ne crois pas possible de considérer l'aéronautique comme une arme.

 

Les allemands, eux, y croient si fort que leurs Tauben sont dejà sur Paris ou ils laissent tomber quelques bombes et des banderoles annonçant :

L'armée allemande est aux portes de Paris , vous n'avez quà vous rendre. Parisiens, attention, voici le salut d'un aéroplane allemand .

 

Roland est envoyé à Lunéville, en Lorraine, pour se mettre à la disposition du capitaine observateur d'état-major. Et pour la première fois il voit la guerre, mais d'en haut. Sur terre des obus éclatent, et il se rappelle le simulacre de bombardement avec des oranges, au Mexique. Toutefois, point n'est besoin de s'exposer aux coups de l'ennemi pour aller au tapis. Les simples missions d'observation dans un ciel vide suffisent, en raison des accidents par défaillance du matériel, à décimer les escadrilles. Parmi les équipages comme parmi les machines les pertes sont déjà lourdes.

Et voici que les rencontres, là-haut, se font plus fréquentes. La guerre prend de l'altitude. L'observateur est armé d'un fusil et devient mitrailleur avant la lettre. Il tire au vol un gibier que le pilote, devenu rabatteur, met à sa portée. Mitrailleurs, ceux d'en face eux, le sont effectivement. Garros et son équipier viennent d'en faire l'expérience en s'apercevant qu'au coup par coup de leur fusil répond une rafale crachée par une authentique mitrailleuse. L'Allemand les a ratés, mais la guerre aérienne vient de franchir une étape. Il faudra imiter nos adversaires, ou alors remiser nos avions.

Les pouvoirs publics commencent enfin à "pressentir" cette guerre aérienne et Roland Garros est rappelé à Paris où il est chargé de mettre au point une petite "mitrailleuse fixe". La mission lui plaît d'autant plus qu'elle lui permet de reprendre l'étude d'un dispositif qu'il avait imaginé, consistant à tirer à travers le champ de rotation de l'hélice. Le 22 Janvier 1914 la firme Déperdussin avait déjà déposé un brevet sur un tel dispositif, et le 14 avril suivant Raymond Saulnier en avait fait autant. Il n'en était cependant rien résulté car on se heurtait à l'inadaptation de la seule arme alors utilisable, la mitrailleuse Hotchkiss, qui ne se prêtait pas à la synchronisation. Le principe était en effet de tirer entre chaque passage de la pale d'hélice devant le canon.

Oui, plaisantait Garros, il s'agit de monter de Levallois-Perret à la planète Mars ... Il ne manque que le funiculaire ... .

 

A son père resté à Saïgon Roland écrit :

Je suis à Paris depuis dix-huit jours, chargé, comme je te l'ai câblé, de mettre au point un dispositif nouveau permettant d'armer efficacement des appareils monoplaces rapides à l'hélice-avant (l'hélice constituant la difficulté) . Mes premiers essais ont été retardés par la difficulté de passer par les voies hiérarchiques et administratives pour les moindres gestes. si bien que je crois que j'en ai encore pour un temps ... indéfini (...) J'oubliais de te dire qu'entre mes essais, je suis chargé, avec beaucoup d'autres, de défendre Paris, c'est-à-dire de chasser les appareils ennemis qui viendraient encore jeter des bombes (... ) Si tu voulais en même temps nous remplir de joie et être raisonnable tu viendrais, aussitôt que la mer serait débarrassée des croiseurs allemands, te reposer dans le Midi en attendant fa paix : je serais si heureux de te sentir près de nous, et tu viendrais facilement m'embrasser de temps en temps ... .

 

Un essai du système de tir est effectué en présence d'un aréopage galonné et rate lamentablement. Les commentaires sont sévères et dénotent une fois de plus, chez les chefs militaires, un incontestable scepticisme sur l'avenir de l'arme aérienne. Difficile de faire
admettre à ces culs-terreux que l'échec n'est pas dû au système de tir lui-même, mais seulement à une mauvaise fixation d'un pare-balles. Remède est donc rapidement apporté et l'expérience suivante couronnée de succès. Mission remplie. L'infanterie dispose désormais d'une arme capable de faire pièce aux Aviatik et autres Tauben.

Garros morane-saulnier

Cependant, grande est la déception de Garros qui, dès le lendemain de l'expérience reçoit l'ordre de rejoindre l'escadtille M.S. 26 à Dunkerque. Il n'aura pas, ainsi qu'il l'avait espéré, l'avion de son choix qu'il équiperait de la nouvelle arme. Mais il a quand même un avion avec lequel, le 1er avril 1915, il livre un combat contre un appareil ennemi qu'il abat. Il raconte sa victoire dans une lettre à un ami :

Vous savez que j'en ai eu un finalement. Vous,devez être curieux d'avoir quelques détails et je vais vous les donner en quelques mots. J'étais parti seul, avec 95 kilos d'obus, pour les lâcher sur une gare teutonne.

Arrivé à 10 kilomètres de nos lignes, je vois loin et bien au-dessus de moi (500 mètres plus haut) un appareil sur lequel nos batteries tiraient. Je manoeuvre pour lui couper la retraite, tout en m'efforçant de prendre la hauteur qui me manquait. Cela dure six à huit minutes. Arrivé à bonne hauteur, je m'approche, les batteries nous tirent dessus, dans le tas. J'ouvre le feu à 30 mètres ; le Teuton répond à coups de fusil. Je recharge ma mitrailleuse trois fois. Au bout de quelques balles l'ennemi fuit en désordre et en descendant à toute allure. Je ne le lâche pas d'un mètre. Le combat dure 10 minutes. Il se termine à 1.000 mètres d'altitude : criblé comme une passoire, l'Albatros prend feu subitement, une immense flamme l'environne et il descend en tourbillon. C'est tragique,
affreux. Au bout de vingt-cinq secondes au moins (qui paraissent longues) de chute, l'appareil s'écrase sur le sol dans une grande fumée (...) Je suis seul à avoir combattu sans passager. Mais ce qui me rend surtout heureux, c'est le sentiment d'avoir créé seul, et malgré tous les risques de l'inconnu en aviation, l'instrument qui m'a porté au succès ... »


Cette première victoire est aussitôt consacrée par une citation à l'ordre de l'armée :

« Ordre général no 19 — Le Général Foch, adjoint au général commandant en chef, cite à l'ordre de l'Armée : M. le Sous-lieutenant d'infanterie GARROS (Roland), pilote de l'escadrille M.S.26.

«Aussi modeste que brillant pilote n'a jamais cessé de donner l'exemple du plus bel entrain. Le 1er avril a abattu un avion ennemi au cours d'un combat aérien.

«Au G.Q.G., le 4 avril 1915. Foch.


Le 16 avril 1915 Garros écrit à son ami :

«J'ai réussi à descendre un deuxième Taube. Malheureusement, n'en trouvant plus chez nous, j'ai du aller l'attaquer chez eux et il est tombé à quelques centaines de mètres de l'autre côté des lignes allemandes, mais on l'a vu de nos tranchées et le fait est officiellement reconnu (...) J'ai dans la tête un nouveau système d'appareil à canon qui marche à coup sur et qui a, entre autres utilités, celle d'être une arme radicale contre les Zeppelins ».


Deux jours plus tards, nuit du 18 au 19 avril, Roland Garros, parti en mission de combat, ne rentre pas.  A l'escadrille M.S. 26 c'est l'angoisse. Roland était parti à 8 heures et avait abattu son troisième Taube. Puis plus rien. Descendu lui aussi ? Allons donc ! Panne de moteur ? Comment savoir ? Le chef de popote avait mis les petits plats dans les grands pour célébrer la victoire. Le capitaine, quant a lui, ne s'était même pas mis à table, tout occupé à faire des recherches en telephonant un peu partout, en quête du moindre indice.

C'est un général belge qui apporte enfin le renseignement tant attendu : Garros est vivant. Vivant mais prisonnier.

 L'aviateur Garros, obligé d'atterrir à lngelmunster (10 kilomètres au nord de Courtrai) a été fait prisonnier dans la soirée du 18 avril.

 

Trois années de captivité

Il est d'abord enfermé à Küstrin, véritable forteresse où  il passe deux ans.

1917 : Il est transféré à Magdebourg. Etroitement surveillé, il subit de nombreuses brimades. Mais c'est un fort caractère et il résiste aux provocations allemandes. Cependant, l'emprisonnement est une dure épreuve et pour oublier sa pénible condition, Roland Garros  rédige ses mémoires et joue du piano pour ses compagnons de cellule, écrit à sa famille et à ses amis et fait du tennis pour entretenir sa forme phy­sique. D'ailleurs, c'est dans les manches évidés de deux raquettes qu'il a pu recevoir un chapeau de feutre, des cartes et une deuxième bous­sole qui lui servirait en cas d'évasion. Les Réunionnais retiendront certainement cette phrase de Garros à sa mère :

Si tu tiens à me gâter, envoie-moi de temps en temps un carri de bichiques de chez Hédiard, des hachards, un peu de riz ...

1918 :Le 15 février, déguisé en officier allemand, il s'enfuit du camp de Magdebourg avec un autre prisonnier Anselme Marchal. Il gagne alors la Hol­lande, l'Angleterre puis la France. Cette évasion ajoute un nouvel éclat à son nom.

Le 6 mars, il reçoit les insignes d'Officier de la Légion d'Honneur. Georges Clémenceau, Président du Conseil, Ministre de la Guerre, lui offre un poste tech­nique qu'il refuse, préférant le combat. Mais ses trois années de capti­vité l'ont quelque peu écarté de l'actualité. L'aviation a connu d'énormes progrès. Garros doit s'adapter aux nouvelles techniques et apprendre à se servir des appareils modernes. Il ne perd pas courage et surmonte cette nouvelle difficulté.

En plein ciel de gloire

1918 : Le 20 août, il  rejoint enfin la 26ème escadrille du 12ème groupe des "cigognes" (commandé par Guynemer et Fonck) et recommence les patrouilles de chasse.

Le 2 octobre, avec un "Spad XIII" qui a remplacé le "Mora­ne", il abat un "Fokker".

Le 4 octobre, la confiance retrouvée, il demande à faire partie du barrage offensif, prévu pour le lendemain vers Vouziers.

Le 5 octobre, avec le capitaine de Sévin, il met en fuite une escadre de chasseurs allemands. Mais les ennemis récidivent le jour même. Le combat est acharné. Lorsque Sévin rassemble sa patrouille,  le  "Spad"  N°30  manque à l'appel. C'est celui de Roland Garros. Plus tard, un adjudant déclare avoir vu un avion exploser en plein vol au-dessus de  Saint-Morel.

C'est ainsi que Roland Garros disparut "en plein ciel de gloi­re", à la veille de ses trente ans.

Il fut inhumé au cimetière de Vouziers, petite ville des Ardennes, bien loin de sa Réunion natale.

Le 11 novembre l'armistice est signé.

La statue du Barachois


De tous les avia­teurs Roland Garros est peut-être celui qui compte le plus grand nombre de monu­ments élevés à sa mémoire. C'est dans son pays natal que se trouve le plus impor­tant de ces monu­ments. Oeuvre du sculpteur Etienne Fo­restier, ami de l'avia­teur, la statue fut inaugurée deux fois.

La première fois à Paris, la seconde à La Réunion.

1925 : Le 3 décembre, Avenue des Champs Elysées , une foule immense se presse autour d'une stèle surmontée de l'imposante silhouette de bronze du héros. Assistent à cette cérémonie de nom­breuses personnalités : des officiers supérieurs dont quatre généraux ; les plus grands noms de l'aviation parmi lesquels  Louis Blériot, Robert Morane, Alberto Santos-Dumont ; le sénateur et les députés de la Réunion : Jules Auber, Auguste Brunet, Lucien Gasparin ; l'Acadé­micien réunionnais Joseph Bédier ; le général Richard, président de l'Amicale des Réunionnais ; les écrivains Marius-Ary Leblond ; mais aussi son père et sa mère, vers qui convergent tous les regards.

1926 : Le 25 avril, sur l'esplanade du Barachois, une autre cérémo­nie se déroule. La Réunion, elle aussi, rend hommage à son héros.
Sont présents : Le Gouverneur Repiquet, le maire Jean Chatel, l'abbé Mondon (ancien combattant, croix de guerre et plus tard Mon­seigneur  Mondon), Paul Ruben de Couder (président du comité Roland Garros), Adrien Garros, (l'oncle de Roland) , les élèves  de toute s les écoles, et notamment le bataillon du Lycée Leconte de Lisle.

La conclusion d'Athanase Garsault, président du Syndicat de la Presse et directeur du joumal "La Paix", met des larmes dans les yeux.

... Pour la fierté de ta famille, pour notre honneur à tous, pour la gloire de la petite patrie si ardemment et indissolublement unie à la grande , cette palme que la Presse te consacre aujourd'hui c'est : la Palme de l'immortalité.


 

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Roland Garros entouré de ses avions, réalisés par Marco AH-KIEM
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